‹ ThéâtreChapitre 9 sur 251 · SCÈNE IV. H · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. H

dez-les le plus longtemps que vous pourrez. Seulement, s'il se présente quelque bonne affaire, quelqu'entreprise, vous m'avancerez une centaine de miUe francs, ce sera ma dot^ et avec cela...

GOURVILLE

Un instant! comme tu y vas^ cent mille francs»

GUSTAVE

Ça vous gêne-t-il? ne me les dotitieï pas, je n'y tiens point; je ne suis qu'un soldat, et quand j'aUrais cent mille fi*ancs dans ma poche , (a n'empêcherait pas un boulet de canon de m'empprter. Us en ont enlevé qui pesaient plus que moi.

GOURVILLE

Ce n'est pas cela que je Veux dire. Mais si, par exemple, il se présentait pour toi un mariage avantageux^ parle-moi franchement, serais-tu disposé à te marier?

etSTAve.

Du tout. Je veux rester libre et ind^ndant. Je ferai comme ▼ous^ je mourrai garçon«

GOURVILLE^ à part. '

Allons, c'est comme un fait exprès. (Haut.) Cependant, toi qui aimes tant les dames, s'il s'en présentait une jolie, d'une taille charmante...

GUSTAVE

Parbletu,» si vous allez m'offîir la Vénus de Médicis, û est bien sûr...

GOURVILLB.

Non, ce ne serait là qu'unq, statue, el celle dont je veux te parler est animée pai' tout ce qu'il y a de bon et d'aimable. Je ne sais à qui te la comparer. Mais tiens, si par exeraole elle ressemblait à madame de M elval, qti'én dirais-tu?

GUSTAVE

Je dirais que je n'en veux pas.

GOURVILLE

Parbleu, tu es bien difficile ; et poiu-quoif

GUSTâVB.

Elle fait déjeuner trop tard.

GOURVILLE

Encore.

GUSTAVE

Air ; AinH que vovà^ llfademoi9eUe»

Vqd conyiens, eUe est fort jolie.

18 L'uÉaiTIÉRE.

Et d*uD caractère très-Don^ ,

Très-forte sur la broderie.

Sur la morale et le boston ; Bans son ménage^ active^ vigilante.

Et des vertus... mais à n'en pas finir Enfin, mon oncle, une fenune excellente.

Voilà pourquoi je ne puis la souffrir.

GOURVILLE, à part.

A mejTveille ! ils se sont donné le mot, et il y a enti*e eux de la sympathie. (Haut.) Ah ! tu ne l'aimes pas?

GDSTAYE.

Non, mon oncle.

GOURYILLE.

Eh bien ! tu as grand tort, parce que si je te disais, si tu sayais...

GUSTAYE.

Je vous devine : elle a du penchant pour moi, n'est-il pas Trai ? eh bien! tant pis : je ne peux jamais aimer les femmes qui m'aiment. C'est toujours la même chose.

Air de Ma tante Aurore»

On n'a plus ni plaisir, ni peine.

Quand les dénoûments sont prévus; Les amours n'ont qu'une semaine Dont tous les jours sont convenus.

Le lundi, Ton v0it une femme.

On fait l'aimable le mardi.

Le mercredi, Ton peint sa flamme^ Elle vous répond le jeudi, On est heureux le vendredi; On se quitte le êamedi, Le dimanche tout est fini.

Pour reconunencer le lundi.

Je n'en ai aimé qu'une dans ma vie, et pourquoi? c'est qu'elle est partie le jeudi poiu* la Guadeloupe.

GOURVILLE , à part.

Dieu! j'allais tout gâter ; changeons de batteries. (Haut.) Eh bien! mon ami, tu vas te trouver ici à merveille; et tu ne pouvais pas mieux tomber, car madame de Melval ne peut pa^ te souffrir.

SGÂNE lY. 13

'GUSTAVE. >J

Qu'est-ce que vous me dites donc là Y

GOURYILLE.

EDe m'en faisait l'aveu tout à l'heure. Elle te trouve brusque^ peu galant^ peu aimable^ ne songeant qu'à la chasse ou à la table.

CUSTAVE.

Vraiment!

GOURYILLE.

Ce qui a bien une apparence de raison. Moi^ tu entends bien que je te défendais. Je soutenais que je t'avais vu à Paris^ dans les meilleures sociétés, briller-par ton esprit, ton bon ton. Et comme elle avait l'air d'en douter, je me suis permis de lui raconter quelques-unes des glorieuses aventures qu'on f attribue dans le monde. Je sens que c'était indiscret; mais je tenais à la convaincre.

GUSTAVE

n n'y a pas de mal, mon oncle, il n'y a pas de mal. Eh bien ! qu'est-ce qu'elle a répondu?

GOURVILLE

Qu'elle ne pouvait pas concevoir le goût de ces dames; et que si elle avait été à leur place, elle répondait bien que pour elle...

GUSTAVE

Ah! elle a dit cela!

GOURVILLE

Et mille autres railleries plus piquantes encore; au point que je me suis mis en colère, et que je lui ai soutenu que , malgré sa fierté, si tu voulais t'en donner la peine, je la verrais elle-même...

GUSTAVE

Oui, morbleu!

GOURVILLE

Elle s'est oontentée de sourire d'un air dédaigneux, en levant les épaules; et c'est dans ce moment-là que tu es arrivé. J'aurais voulu pour tout au monde que tu parusses à ses yeux avec tous tes avantages. Eh bien! pas du tout! Tu vas justement par ta conduite et tes discours lui donner encore gain de cause. Aussi tu as pu voir le petit air triomphant avec lequel elle nous a quittés. Voilà d'où venait ma colère; parce qu'enfin, je tiens à rhonneur de ma famille.

iA l'héritière.

*• GUSTAVE

Soyez tranquille, mon cher oncle/je vous réponds que nous serons bientôt vengés. Voulez-vous parier que dès demain elle m*aime.

GOURVILLE, d*uii air de doute.

Oh ! demain, tu me permettras de te dire..;»

Eh bien ! vous verrez.

GOURVtLLE.

Je ne demande pas mieux, mon garçon. Je t'avertis seulement que tu auras de la peine. Ah çà ! tu me tiendras au fait de tout ce qui arrivera.

GUSTAVE

Parbleu! sans cela notre vengeance ne serait pas complète. Il faut que nous puissions rire à ses dépenSé

GOURVIUE.

Surtout prends Vair bien amoureux, bien sentimental ; on ne triomphe des grandes vertus que par les grandes passions.

GUSTAVE

Pai'bleu! n'allez-vous pas m'apprendre ce qu'il faut faire?

eOURVlLLE.

Non, mon ami, non, je n'ai pas tant d'esprit, tant d'adresse que toi; et je te laisse combiner ton plan d'attaque, (a pan.) A merveille^ les voilà aux prises , et ils ne feront maintenant que ce qui me plaira.

Air du vaudeville de la Somnambule,

AU0Q84 mon cher, il y va de ta gfdire, Poiat de scrupule^ il faut soumettre uo cœur ; Je fais ici des vœux pour ta victoire.

Mais je rirai si tu n'es pas vainqueur.

GUSTAVE

De mon adresse elle sera vietimt.

GOURVILLE

Je te croirai quand tu triompheras.

On est touchant quand on exprime Le tendre amour que Ton n'éprouve pas.

(Gourville sort.)

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