‹ ThéâtreChapitre 115 sur 449 · SCÈNE lî · texte numérisé non relu

SCÈNE lî

CROUSTILLAC, MOXMOUTH.

{Croustillac regarde autour de lui avec ébahissement.)

MONMOLTH.

Allons donc, chevalier ! que diable avez-vous à regarder ainsi autour de vous ?

CROUSTILLAC

Que? ce que j'ai? Je suis enchanté, ébloui, ravi, stupéfait ! Jamais je n'ai vu pareille magnificence, pas même chez le roi de Bohême.

MONMOUTH

Eh bien î j'ai tenu ma promesse, jespère.

CROUSTILLAC

En loyal et généreux rival.

Maintenant je vais vous présenter à la Barbe-Bleue, venez.

CROUSTILLAC

Que ? tout de suite.

MONTMOUTH

Comment, c'est la votre bel empressement?

CROUSTILLAC

Donnez-moi le temps de respirer, capédébious! Cette route à travers les roches escarpées m'a essoullé. [Se regardant, à part.) Mordious! je suis vêtu comme uu mendiant, et me présenter ainsi devant la reine de mes pensées, par Cupidon ! c'est impos-

sible. (Haut.) Ce justaucorps et ces chausses étaient hier presque neufs et à cette heure, vous voyez, mordious ! on dirait qu'ils sont âgés de six mois.

MONMOUTH

Ils ont l'air plus vénérable que cela, chevalier.

CROUSTILLAC

Vénérable! c'est votre enragé de soleil qui en un jour a dévoré la couleur de ces habits... Et mon baudrier donc, voyez, ce soleil affamé en a mangé tout l'or, capédébious. Il n'en a laissé que le fil et le buffle. Eh donc? mon brave chasseur, est-ce que je ne trouverais pas ici quelques nippes pour me vêtir plus congrument?

MONMOUTH

Vous croyez donc que la Barbe-Bleue tient boutique de friperie ?

CROUSTILLAC

Que ! pensez-vous que je la soupçonne capable de cet ignoble trafic?... Mais enfin, s'il restait, par hasard, dans le coin d'un vestiaire, quelques habits provenant,., d'un des défunts maris de la Barbe-Bleue, de notre divine hôtesse ?

MONMOUTH

Eh bien?

CROUSTILLAC

Eh bien, donc, quoiqu'il m'en coûte de m'affubler d'une défroque qui n'est pas mienne, et qui peut surtout ni'habiller fort mal, je consentirais pourtant à m'en accommoder. mon.mouth, riant.

Ma foi, chevalier, votre idée est bonne... Dans les trois défunts maris de la Barbe-Bleue, il y en avait justement un a peu près de votre taille.

CROUSTILLAC

C'était un digne homme que ce défunt.

MONMOUTH

Et comme il se vêtissait toujours magnifiquement, vous aurez de quoi choisir, (Il frappe sur un timbre. Betty paraît.)

CROUSTILLAC

Capédébious, brave boucanier, vous êtes le plus aveugle et le plus généreux des rivaux. (Monmouth parle à ForeUle de Betty, qui revient bientôt, suivie d'esclaves portant V une une aiguière d'or, Vautre une cassolette à parfums, etc.)

croustillac, à part.

Je commence a avoir une terrible peur... Tant de richesses, et enfermée... invisible... cette pauvre Barbe-Bleue est dans la cinquantaine. (Entrée des esclaves.)

M0NM0UTH.

Allons, chevalier, votre toilette est prête.

CROUSTILLA» ;..

Que? ma toilette?

monmouth, montrant les femmes.

Ces esclaves portent des eaux de senteur, des parfums, des essences, elles vont vous conduire et vous serviront de pages.

CROUSTILLAC

Allons, mignonnetles, faites-moi oublier ce fripon de la Jonquille. Merci, mon brave rival. Je vais quelque peu rehausser ma bonne mine naturelle, et je reviens ici.

MONMOUTH

Où vous trouverez la Barbe- Bleue.

CROUSTILLAC

Je la trouverai ici? tout à l'heure? (A part.) Est-ce que je veille? est-ce que je rêve? Eh donc! va toujours, mon brave Croustillac; dame fortune aime les vaillants et les aventureux. (Pendant qu'il sort, Angèle entre en courant et se précipite au cou de Monmouth en riant.)

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