MONMOUTH, ANGÈLE
angèle, riant.
Tu l'as rencontré?
MONMOUTH
Ce matin à mon boucan, résolu, comme César, à tenter l'entreprise, à venir t'épouser; et je te l'ai amené bien moins, je te l'avoue, pour donner une victime à ta joyeuse humeur, madame la rieuse, que par mesure de prudence... angèle.
La folie, je la comprends; mais la mesure de prudence.
J'ai, tu le sais, mon Angèle, cédé à ton désir, et, il faut le dire aussi, à une des nécessités de ma position de fugitif et de proscrit, en me rendant méconnnaissable sous divers déguisements... Et pourtant, quelquefois, je crains que l'excès même de nos précautions nous nuise.
angèle.
Voyons, mon Jacques bien-aimé, raisonnons. (Souriant.) Cela te parait drôle; c'est égal, raisonnons un peu et tu verras que ton Angèle n'est pas une tète aussi folle qu'elle te paraît La prudence voulait que tu ne sortisses jamais de notre demeure de crainte d'être reconnu dans;l'île par quelquiun qui t'aurait vu en Europe.
Alors, pour toi, mon ami, quelle triste existence ! C'était une prison... Grâce à tes déguisements, tu peux aller et venir dans l'île, chasser, parcourir la mer a ton aise, sans danger pour toi, sans alarmes pour moi. Ainsi non- avons le double avantage de dérouter toutes les conjectures en les rendant fabuleuses, et d'éloigner de notre chère retraite les curieux et les indiscrets; car il ne débarque pas tous les jours dans l'îledes chevaliers gascons assez aux abois pour vouloir épouser la Barbe-Bleue.
MO'MOUTH
Que vas-tu faire de lui ?
ANGELE.
Lui donner de quoi raconter par toute l'île, de quoi ajouter aux sombres et brillants mystères du Morne au Diable... betty, accourant.
Madame ! l'étranger !.. Il sort de la chambre bleue.
AN GÈLE
Viens, Jacques, viens: je te dirai mon projet : laissons-le seul un moment. {Elle sort avec Monmouth derrière les bosquets à droite, Betty les suit.)