‹ ThéâtreChapitre 120 sur 449 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

CROUSTILLAC seul la suivant des yeux, RUTLER.

CROUSTILLAC

Cette femme-là, je l'adore.,, eh! bien... après, ça ne nuit à personne, et je ne sais... 11 me semble que cela me rend meilleur. 11 y a deux jours, j'aurais peut -être accepté ces diamants, aujourd'hui cela me fait honte... Allons, mon pauvre Croustillac, il faut partir !

rctler, terrassant Croustillac.

Je vous arrête comme coupable de haute trahison.

croustillac, àpart.

Qu'est-ce qu'il dit celui-là ?

RUTLER

Vous êtes mort si vous faites un mouvement, ou si vous appelez madame la duchesse , votre femme , a votre secours. croustillac, àpart.

La duchesse!... ma femme?

rctler.

J'ai promis au roi . mon maître , de vous ramener mort ou vif.

croustillac.

Voulez-vous d'abord me laisser relever?... Je vous promets de ne pas crier ; mais je suis très-mal comme cela.

RCTLRft.

Mylord duc, souvenez-vous de vos promesses. crolstillac, à part.

Mylord duc ! ( 77 se relève et regarde Ruttler en face») Eh bien I il ne s'aperçoit p (s d sa «éprise ? (ffauU) Vous êtes bien sur, monsieur, que c'est moi que vous cherchez ?

Que votre grâce n'essaye pas de me tromper, j'ai entendu votre conversation avec madame la duchesse... Quel autre, d'ailleurs, que vous, mylord, se promènerait à cette heure avec elle? Quel autre que votre grâce porterait ce justaucorps dont votre royal père vous avait revêtu?...

croustillac, à part.

Mon royal père !

RUTLER

Et que vous portiez encore dans une fatale circonstance que je ne veux pas rappeler.

CROUSTILLAC

Je vous permets de tout me dire, monsieur. Je vous y engage même très-instamment. Expliquons-nous... pourquoi tenez-vous tant a me tuer?

RUTLER

Ecoutez-moi bien. Vous avouerez qu'en ce moment vous ne pouvez m'échapper. Si, en essayant de fuir, vous me mettiez dans la dure nécessité de vous tuer...

CROUSTILLAC

Dure nécessité pour tous deux, monsieur.

RUTLER

Je le pourrais d'autant plus impunément, mylord duc, que vous êtes déjà mort... et que l'on n'aurait ainsi aucun compte à rendre de votre sang.

CROUSTILLAC

Si je vous ai bien entendu, monsieur, vous tenez a me faire comprendre que vous pouvez me tuer impunément sous le prétexte, assez spécieux, j'en conviens, que je suis déjà mort?

Je n'aurais jamais cru, mylord duc, que vous pussiez plaisanter sur ce terrible moment qui a dû vous laisser pourtant de bien affreux souvenirs... Telle sera donc toujours la reconnaissance des princes 1

croustillac traverse le théâtre, se dirige vers le pavillon, Rutler lui barre le passage, avec impatience.

Je dois vous déclarer, monsieur, qu'il ne s'agit pas de reconnaissance ou d'ingratitude dans cette affaire, et qu^... [A part.) N'allons pas faire quelque bévue... [Haut ) Permettez, monsieur. {Il le fait redescendre en scène.) 11 me semble que nous nous écartons de la question... Dites-moi simplement ce que vous voulez de moi.

RUTLER

J'ai l'ordre, monseigneur, de vous conduire a la Tour de Londres.

6i LE MORNE AU DIABLE.

croustillac à part Mordions ! le quiproquo ne me convient plus !

RUTLER

Je n'ai pas besoin de vous dire, mylord due, que vous y serez traité avec les respects qui sont dus à vos malheurs et à votre rang. (Il lui présente le pistolet.)

CROUSTILLAC

Permettez-moi de réfléchir un moment. (A part.) J'entrevois vaguement que l'erreur de ce brutal à mon endroit peut servir cette adorable petite créature... Une fois arrivé en Angleterre, la méprise sera reconnue. Or, comme il faut , après tout, que je retourne en Europe , j'aime bien mieux, si cela se peut, y retourner en prince qu'en passager gratis de maître Daniel. (Haut.) Mais la duchesse ?

Ce mariage est nul, mylord ; il a été contracté après votre exécution a mort!

CROUSTILLAC

Savez-vous bien, monseigneur, qu'il faut être bien sûr de son fait pour prêter aux gens de pareilles originalités ?

RUTLER

Tranchons la. On veut faire de vous un instrument , et j'ai pour mission de ruiner les projets d'un envoyé de France, qui, dVrord ou non avec votre grâce , peut arriver d'un moment à l'autre.

CROUSTILLAC

Je vous donne ma parole de gentilhomme que j'ignorais les projets de cet envoyé français.

RUTLER

Je crois votre grâce ; mais le roi, mon maître, ne peut oublier, mylord duc, que vous avez porté vos vues sur le trône d'Angleterre.

CROUSTILLAC

Eh bien ! c'est vrai, je ne le nie pas.

RLTLER.

Ah!...

CROUSTILLAC

Que voulez-vous? l'ambition, la gloire, l'entraînement delà jeunesse... Mais, croyez-moi, l'âge nous mûrit, nous rend sages; avec les années, l'ambition s'éteint, on vit content de peu dans la retraite... Une fois tranquille dans le port, jetant un regard philosophique sur les orages et les passions, on cultive les champs paternels, quand on en a, ou du moins on regarde couler en paix le fleuve de la vie, qui va bientôt se perdre dans l'océan de Fé-

•mité... Je n'hésiterai donc pas, en confirmation de ces paroles, vous jurer de ne jamais élever la moindre prétention au trône 'Angleterre... vrai... foi de gentilhomme, je n'en ai pas la îoindre envie.

RUTLER

Milord duc, je dois remplir ma mission. .. Si vous hésitez, je omptesur un puissant auxiliaire.

CR0UST1LLAC

Et lequel?...

RCTLER.

Instruite par moi, vous voyant sous le coup de cette arme...

croustillac, à part.

11 est insupportable avec son pistolet !...

RUTlER.

Madame la duchesse aimera mieux vous voir prisonnier que .ué.. on sait combien elle est dévouée à son époux. ckoustillac, à part.

Son époux; mais en acceptant ce rôle, je sauve donc quelqu'un ju'elle aime '....Elle serait heureuse par moi!... sans le savoir!.. allons, c'est bien cela, mon pauvre Polyphonie... Ferme ! du :ounge.

rutler, qui a regardé à gauche.

Tenez, milord, la voici.

croustillac, à part.

Est-ce un secours?

RUTLER

Pas un mot, car je suis là, près de vous, et au moindre mouvement pournféchapper...

CHOUSTILLAC.

C'est bon '....C'est entendu. (Rutler se cache derrière un arbre.) SCENE VIII.

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