‹ ThéâtreChapitre 133 sur 449 · SCENE Kl · texte numérisé non relu

SCENE Kl

CROUSTILLAC, ANGELE.

croustillac, allant virement à elle.

Vous ici. madame ! ah 1 c'est braver trop de péril.

ANGÈLE

11 ne veut pas partir.

nui ?

Jacques.

Pourquoi?

CROUSTILLAC

ANGÈLE

CROUSTILLAC

ANGELE.

Parce que c'est vous abandonner.

CROUSTILLAC

M'abandonner ! mais je ne cours aucun danger? j'ai plus d'un expédient dans mon sac pour me tirer d'un mauvais pas.

ANGELE.

Vous me trompez.

CROUSTILLAC

Moi! j'ai mon plan; s'il ne réussi! pas, j'aurai recours à un second qui ne me permettrait pas de retourner de longtemps en France, peut-être.

ANGÈLE

Mais, où irez-vous?

En ce cas. si vous avez quelques occasions pour le pays, faitesvous informer de ma mère... et de ma sœur... et si les chères créatures étaient tout à fait dans la peine, eh bien, au nom de ce drôle de corps de chevalier, un peu de bonté pour elles. angèle, attendrie.

Ah ! cette dette du cœur sera sacrée... Mais vous, comment vous prouver...

CROUSTILLAI .

Comment? en me laissant baiser cette main divine, en me

TABLEAU Vil, SCENE IV. 89

disant de votre toute douce voix : Adieu, chevalier ; adieu, notre ami...

AN'GELE

Oh! oui, notre ami, vous l'êtes, vous le serez toujours. (Elle lui tend sa main qu'il baise avec transport.) Ah! des larmes, chevalier, je les ai senties >ur ma main.

CROUSTILLAC

Vive Dieu ! larmes de joie, madame. Je ne suis plus vice-roi ; je suis roi maintenant. Vous êtes rassurée. (Bruit sous le pont.) Ah ! partez je vous en conjure... Au nom du salut du prince... (Se penchant sur le bord.) Force de rames à La Licorne qui est en vue. Les contrebandieis vous conduiront à bord ; et aussitôt que vous serez en sûreté, je vous en supplie, un coup de canon qui m'avertisse.

ANtiÈLE, a mi-voix lui offrant une croix qu'elle porte au cou.

Chevalier, cette croix. Ma mère l'a portée.

croustillac, la pressant sur son cœur.

Merci! merci.

Votre mère, votre sœur seront heureuses. (Angelt descend du bord et disparaît.

SCE2£E ZV.

CROUSTILLAC seul,ypuis à la gauche de La Fulminante la barque où sont ANGELE, MONMOUTH, RUTLER, PATRICE et

Matelots.

croustillac.

La voilà embarquée... sauvés!... Oh! ne plus les revoir et vivre h jamais tout seul !... (Jl se laisse tomber sur un banc de quart.) Ma bonne petite croix ! (Il la baise et cache sa tête dans ses mains. On voit le sloop paraître à la gauche après avoir fait le tour du bâtiment; des matelots rament; Rutler, couvert d'un caban qui cache ses traits, est au gouvernail; à l'arrière Jtngèle, Monmouth et Patrice.)

rutler, relevant son capuchon.

Au nom du roi Georges, duc de Monmouth, vous êtes mou prisonnier. (// va se précipiter sur lui ; Patrice relève aussi son capuchon,)

PATRICE

Au nom de Sidney, mon maître, je te tue. {Il le frappe d'un coup de hache.)

monmouth, brisant ses liens.

Libre enfin ! (Jl se jette au gouvernail qu'il tient d'une main, et de l'autre, tenant le pistolet que Rutler vient de laisser tomber, il menace les matelots.) Et vous, ramez vers la Licorne, ou vous

êtes morts. [Le sloop disparaît vers la gauche. Bruit dans V entrepont.)

CROUSTILLAC, LE GOUVERNEUR : puis LORD MORTLMER et les part isa n s de M t > X M u U I H .

CROUSTILLAC

Quel est ce bruit sous le pont, monsieur le gouverneur?

LE GOUVERNEUR

Ce sont vos partisans que ma présence a cessé de contenir. crol'STillac, à part.

Ils vont me reconnaître ! pauvres amis, ils n'auront pas le temps d'arriver. [Se dirigeant versTavant.) Non, en ce moment, je ne veux pas les voir. Retardons encore l'explosion de quel- 3 minutes. -.Haut.) Ah! gouverneur, tant d'émotions, la honte! la joie! la gloire! Mon oncl^ Jacques ! le Cornouaillel oh ! je succombe. [Jl tombe sur un affût, la face cachée par ses bras. Les partisans commencent a monter sur le pont par les divers escaliers, le gouverneur va au devant d'eux et leur recommande le silence en leur montrant Croustillac.)

LE GOUVERNEUR

Silence, voyez !

LES PARTISANS, à 7/U-UOÙ..

Qu'a-t-il?

LE GOUVERNEUR

Je vous l'ai dit, ce malheur domestique...

croustiluac, tournant la lêie du côté du spectateur. Us sont au moins douze.

MORTIMER

Ah ! je me baignerai dans le sang du se iucteur !

crolstillac, même jeu.

Je suis sûr que c'est Moi limer celui-là.

un partisan, à Mortimer. Puisque vous êtes le seul ici , Mortimer, qui connaissiez personnellement le prince, approchez-vous.

croustillac , même jeu.

Ah! il est le seul qui me connaisse.

mortimer, s approchant et mettant un genou en terre. Vos fidèles serviteurs, résolus à mourir pour votre cause, mylord... permettez-moi un nom plus doux, Jacques, notre Jacques bien-âimé.

croustillai, se relevant et comme sortant d'un songe. Qui m'appelle? [H regarde Mortimer, le relève et se jette dans ses bras Mortimer! [Mortimer reste stupéfait, tous les autres crient : Vive mylord! vive le fils de Charles 11! Croustillac va à eux et leur presse la mtUn.

CROUSTILLAC

Mes amis! mes frères! cette joie après cette douleur Eh

Lien! qu'as-tu donc, Mortimer?

LE GOUVERNEUR

C'est vrai, mylord, vous restez là, la bouche ouverte...

MORTIMER

Pardou, mais c'est que...

LE GOUVERNEUR

Eh bien quoi?

MORTIMER

Sous ces traits je ne puis reconnaître...

choustillac, avec un cri de douleur.

Ah ! gouverneur, mon exécution m'a donc bien changé!

le gouverneur, à M or limer.

Voyez, mylord, le mal que vous faites à Son Altesse.

MORTIMER

Mais j'ai beau chercher... sous ces traits... croistillac, à part.

Oh! le signal, le signal i {Haut.) Vous aviez bien raison, monsieur le gouverneur, il me fait un mal cruel; car, malgré la nuit fatale où ma tète... je ne puis douter de moi-même, je me palpe, je me sens... mais toi, malheureux Mortimer, te voilà encore comme je t'ai déjà vu une fois?

MORTIMER

Que voulez-vous dire?

CROUSTILLAC

La fatale exaltation de ton caractère. (Mouvement.) Ne le connaissiez-vous pas tous comme exalté?

TOUS

Sans doute... sans doute...

choustillac, à part.

Quelle histoire trouver? (Haut.) Quand tu la revis sois

tranquille, je ne la nommerai pas... est-ce que ton délire nerveux t'a permis de la reconnaître?.... Elle fondait en larmes, et moi -même. ..(A part.)Oh bon Dieu! tirez le canon, car je suis à bout.

mortimer, éclatant.

Ah ça, est-ce qu'il veut me faire passer pour fou et stupide , cet intrigant-là?

LE GOUVERNEUR

Lord Mortimer, vous vous ou liez.

MORTIMER

Allez-vous-en au diable, et pendez-moi ce gaillard-là; il n'est pas plus le duc de Monmouth que je ne suis cet imbécile de gouverneur.

LE GOUVERNEUR

Mylord, s'il ne faisait pas si chaud... (Murmures des partisans.)

MORTIMER

Je vous dis que vous êtes dupes.

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