‹ ThéâtreChapitre 149 sur 449 · ACTE I, TABLEAU I. Vc · texte numérisé non relu

ACTE I, TABLEAU I. Vc

déplaisirs... votre puissance est sans égale... un mot, un regard de vous, c'est le bonheur ou le désespoir de tons ces courtisans qui se pressent sur vos pas... Vivez ainsi, madame... suivez ce chemin si facile et si doux!... Il ne m'appartient pas de jeter une parole austère à travers ces bruits de fêtes continuelles et ces voix caressantes qui ne chantent que le bonheur !... Si j'apercevais de loin un écuefl sous les flots azurés où vogue le vaisseau de la royauté, resplendissant comme la trirème de Cléopâtre, je devrais me taire, car je n'ai point mission de parler... Et puis, d'ailleurs, comme la prophétesse antique, mon avertissement se perdrait au milieu des éclats de rire de l'incrédulité ! . . .

la rel\e, souriant.

C'est bien possible, monsieur Barnave... Nous dirions même peut-être que vous laissez la plaidoirie pour le sermon... Croyezmoi, tout va bien... il y a , il est vrai, quelques cerveaux un peu malades d'innovations... tenez, comme le vôtre; mais, à part cela, je vous assure qu'on aurait tort de ne pas se distraire, s'égayer même, et de négliger ce que le ciel nous a donné , avec quelque intention sans doute, la jeunesse, la fortune et le pouvoir... A propos, et vos protégés de Grenoble?

Madame, c'était d'eux que je voulais vous parler aujourd'hui... Cette famjlle a été rendue au bonheur que lui avait ravi un injuste arrêt... Le chancelier a suivi promptement vos volontés a cet égard... Béjouissez-vous donc, madame, vous avez tari la source de bien des larmes et de cruels regrets... Quant à moi, je ne saurais oublier que lorsque je suis allé en appeler auprès de vous du sort de cette famille iniquement condamnée, il m'a suffi d'un mot pour exciter votre pitié... je duis me souvenir que c'est mon invocation à votre justice et à votre bouté qui m'a valu l'honneur d'être distingué de vous...

LA REINE

Allons, monsieur Barnave, ne soyez pas si modeste... Nous avions souvent entendu parler de vous par le gouverneur du Dauphiné... (souriant) et j'étais un peu curieuse de vous voir... Retournez-vous bientôt à Grenoble?

BARNAVE

Oui, madame.

LA REINE

A propos, êtes- vous marié? (Elle se met à cueillir des fleurs.)

BARNAVE

Non, madame.

la reine, se retournant et le regardant. Au fait, vous êtes encore bien jeune... (Barnave est resté pen-

sif.) Voyons, aidez-moi un peu... Tenez ceci, que je fasse un petit bouquet... (Elle met quelques fleurs entre les mains de Barnave qui paraît tout ému, mais sans que la Reine s'en aperçoive.) Je le porterai au roi. Après cela, il n'a pas une grande passion pour les fleurs... ce n'est pas assez positif pour lui... Celle-ci est bien jolie, n'est-ce pas? (Elle est très-près de Barnave, dont l'agitation s'est accrue.)

barnave, distrait.

Qui, madame?... Ah! pardon! cette fleur?... oui, elle a beaucoup d'éclat.

LA REINE

De l'éclat: mais pas du tout, ce n'est pas par là qu'elle brille ; c'est par toutes ces nuances si délicates. Regardez... mais, approchez donc... c'est par sa forme si élégante et ses petites feuilles si gentiment disposées autour d'elle. Ah! voici M. de Lauzun et ma chère Polignac! (Barnave , qui s'est éloigné de la Reine, reste un moment comme absorbé dans ses pensées, La Reine ne s'est pas aperçue de son trouble.)

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