SCE E IX
Les Mêmes, DE LAUZUN.
de lauzun, après avoir salué.
Monsieur de Molle ville, je vous ai vu sourire à mon entrée... J'étais sans doute le but de quelque méchanceté ; il faut qu'elle ait été bien appliquée pour dérider ainsi un ministre de l'intérieur...
de molleville.
Sa majesté nous disait qu'on ne saurait vous accuser d'austérité voilà tout.
DE LAUZUN
C'était justice, et je ne me plains pas d'être apprécié...
Mme DE POLIGNAC.
Monsieur de Lauzun ne veut pas être en retard pour la réception de ce soir, a ce qu'il paraît ?
DE LAUZUN
Dieu m'en garde, madame!... Je sais que j'arrive trop tôt... Mais j'ai espère qu'on me recevrait un peu avant tout le monde, et je me suis hasan
Voyez donc, ma chère Diane; regardez donc cette magnifique plume de héron !
Mme DE F 0 LIGNA C
Elle est superbe... on n'en saurait trouver de pareille...
LA REINE
Monsieur le duu, c'est bien peu généreux de votre part... Nous éclipser ainsi!...
DE LAUZUN
Madame, je connaissais la valeur de cette plume, mais je n'aurais pas espéré pour elle le succès qu'elle obtient... Désormais, elle est inappréciable.
LA REINE
Je vous réponds que toute la cour l'admirera ce soir.
DE LAUZUN
Vous voyez, monsieur de Molleville, il y a encore de l'espoir... la politique ne nous absorbe pas complètement.
DE MOLLEVILLE
Et pourtant, monsieur le duc, on s'en occupe beaucoup à Paris...
DE LAUZUN
Oui, on en fait partout, à ce qu'on prétend, car, pour moi, au premier mot Là-dessus, je prends la fuite.
Mme DE POLIGNAC.
Pourtant ce matin, ici, on parlait de quelque agitation dans Paris, des mesures que prenait monsieur de Besenval pour les troupes qu'il commande, et vous étiez delà conversation.
Oui, madam?, mais je n'ai pas dit un mot, et, pour ne pas entendre, je n'ai pas écouté... Même, si vous vous en souvenez, je tenais un journal.
LA REINE
Un journal politique?
DE LAUZUN
Politique, comme je l'entends... Oh! c'est une feuille parfaite ; elle np rapporte pas un seul discours de ces messieurs de la Constituante, lesquels sont trop exigeants, en vérité... Il faudrait, pour leur plaire, les entendre parler d'abord, puis lire leurs tirades, puis enfin argumenter là-dessus à perte d'haleine et de raison... Ma feuille, a moi, ne s'alourdit pas de ce bagage; elle me conserve la vie que nous menions tous autrefois... elle me raconte les succès des nymphes de l'Opéra... Rassurez -vous, mesdames ; vous n'aurez pas besoin d'éventail ; nous avons ici un ministre... Elle me tient au courant des fêtes qui se donnent encore, par-ci, par-là... Elle me parle de maris malheureux, et de femmes qui se laissent consoler... Enfin que vous dirai-je?... Elle est un agréable contraste de ces gazettes qui se croiraient perdues et deshonorées si elles étaient amusantes, une fois par hasard.
LA REINE
Alors, monsieur le duc, j'espère que votre journal de prédilection ne nous traitera pas sans merci pour nous être donné un peu de distraction à Versailles...
DE LAUZUN
C'est juste et sagement pensé, madame ; si tout le monde était en train de danser, il est clair qu'il n'y aurait personne dans les émeutes...
le domestique, annonçant.
Monsieur de Malesherbes !