‹ ThéâtreChapitre 161 sur 449 · ACTE II, TABLEAU IL · texte numérisé non relu

ACTE II, TABLEAU IL

la reine, lui donnant sa main à baiser. Ah! monsieur de Malesherbes, je suis fâché contre vous... Il faut donc que le roi vous appelle auprès de lui pour qu'on vous voie un instant à Versailles?

MALESHERBES

Madame, ce reproche m'est si doux a entendre, qu'en vérité je ne puis regretter de l'avoir encouru... Mais je suis un magistrat vivant volontiers parmi ses livres, et souvent retenu par les devoirs de sa charge... Je suis vieux, et {regardant autour de lui) il ne m'appartient guère de me mêler à ce monde brillant qui vous entoure.

DE LAUZUN

Pourquoi donc? A votre place, moi, j'aurais besoin d'oublier de temps en temps les discours, les gestes, les contorsions des avocats, et les grimaces de ceux qui ont perdu leur cause. la reine, à Malesherbes.

Vous trouverez toujours ici l'amitié empressée, les marques de respect que vous méritez si bien... Chacun sait que, pour le roi et pour moi, vous êtes un ami î

malesherbes.

Madame, ce titre me touche le cœur autant qu'il m'est honorable, et, pour m'en montrer digne, il n'est aucun acte de dévouement auquel je ne sois préparé. Permettez-moi de le dire, car c'est un privilège de mon âge et de mon attachement, vous et le roi, je vous ai toujours suivis d'un regard... paternel. Lui, depuis que je l'ai vu grandir, calme et austère dans sa vertu, au milieu d'une cour où de tristes exemples, venus du trône même, n'altéraient point la sérénité de son âme et la sagesse de ses mœurs... Vous, madame, depuis que je vous ai vue arriver, enfant encore, au milieu de ce peuple qui vous adoptait avec enthousiasme, et à qui vous disiez que vous vous étiez faite Française en passant notre frontière...

la reine, tristement.

11 y eu a qui l'ont oublié, mais, moi, jamais. malesherbes.

Madame, c'est un rude fardeau que la couronne, et Dieu mesure souvent les épreuves à la grandeur ! Cependant, songez-y, les agitations populaires, c'est la tempête dans les airs... Violente quelquefois, mais passagère... Cette nation est légère, inconsidérée, un peu folle par-ici [mettant la main sur son front), mais toujours bonne et généreuse par-Va!... [Il met la main sur son cœur.) Des jours meilleurs viendront. [A Lauzun.) Pardon, monsieur le duc, j'ai un peu plaidé, ce me semble?

DE LAUZUN

Ma foi, monsieur, je vous avouerai que je vous ai entendu

avec plaisir; car si je suis un peu fou, moi aussi, en ma qualité de Français, ma mauvaise tête ne m'empêche pas de sentir ce qui va au cœur et ce qui en vient.

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