LA REINE, BARNAVE
LA REINE
Je ne mis, monsieur, si vous êtes encore pour nous tel que
nous vous avons connu à Versailles... je dirai mieux, a Trianon... Mais, si c'est notre intérêt qui; vous amène ici, j'en serai quelque peu surprise...
BARNAVE
Pourquoi, madame?
Parce que, sans avoir jamais été, il est vrai, un partisan chaleureux de la royauté, vous êtes passé avec éclat sous un drapeau qui nous est bien hostile.
BARNAVE
Peut-être, madame, ne distinguez-vous pas bien vos amis de vos ennemis.
LA REINE
C'est là souvent le langage de ceux qui abandonnent...
BARNAVE
Je n'abandonne pas mes souvenirs ; je n'ai pas oublie, je n'oublierai jamais que, dans un temps plus heureux, votre bienveillance s'arrêta sur moi.
LA REINE
Oui, monsieur, dans des temps plus heureux!... Mais on veut tout changer en France, et je sais que l'hôte de Trianon monte souvent à la tribune pour y tonner contre la royauté !
BARNAVE
Contre les abus, madame, contre les courtisans, qui vous cachent toujours le péril parce qu'ils ne le partageraient pas avec vous... Pensez-vous que je ne savais pas que mon attitude actuelle me ferait méconnaître et me vaudrait le reproche d'être ingrat? Ingrat! non, non!... Ce que j'ai voulu, ce que je veux, c'est que vous et le roi vous vous entendiez avec la nation ; car il y a danger à rester ainsi dans le désaccord...
LA REINE
En vérité, monsieur, je regrette que II. de Lauzun ne soit plus la .. il adoucirait un peu la teinte foncée de votre discours. Quant à moi, je sais que la jeunesse est enthousiaste, et que la politique, elle aussi, peut devenir une passion... voilà pourquoi je suis un peu indulgente. (Elle va pour sortir.)
Madame... madame!
LA RBINE.
Pardon, monsieur; mais une femme traite sa toilette avec quelque importance... et je vais à ma toilette. (Elle sort.)