SCE29E VIII
BARNAVE set*/, puis LOUIS XVI, MALESHERBES et MOLLE- VILLE.
BARNAVE
Ah ! je voudrais ne l'avoir pas revue ! Elle regrettait, disaitelle, que ce Lauzun ne fût plus là!... En effet, son langage lui va mieux que le mien. Il a le secret de ces flatteries auxquelles se prend toujours une femme jeune et belle! Et moi, je viens là, apportant de sombres prédictions à travers des préparatifs de fêtes et de plaisirs!... Pauvre insensé ! fuis-la, cette reine, qui ne saura jamais... Et que suis-je pour elle?... Elle rirait, ainsi que tout à l'heure, si je lui disais une des mille pensées que j'essaye de me cacher à moi-même , et que j'emporte toujours avec moi, comme un trait fatal, soit que je me réfugie dans la solitude, soit que je me jette dans toutes les agitations du dehors. (La porte de l'appartement du roi s'ouvre.) Le roi! (Il se remet, s'écarte un peu, et n'est pas vu d'abord des personnages qui entrent.)
LOUIS
Oui, messieurs, ma détermination est bien prise ; ne craignez pas que je revienne sur les résolutions que nous avons arrêtées ensemble. . Vous m'avez fait comprendre que, se montrer faible en certaines occasions, c'est reculer à l'extrême les limites de la licence... Et puis, écoutez-moi, ce portrait de Charles 1er que vous avez vu là, dans mon cabinet, je le regarde souvent... je songe à cet infortuné monarque, et je me dis que s'il avait opposé la fermeté aux prétentions toujours croissantes du parlement, il n'aurait pas vu se dresser devant lui l'implacable figure de Cromwell et le bourreau masqué de Whitehall. (Apercevant Barnave qui s'est tenu à l'écart.) Nous ne sommes pas seuls, messieurs.
DE MOLLEVILLE
Ah! oui, monsieur Barnave. (A Barnave.) Que désirez-vous, monsieur?
BARNAVE
Pardon, c'est pour parler à Sa Majesté que je suis venu, et je n'ai pas songé à prendre un intermédiaire.
LOUIS
Qui vous envoie ?
BARNAVE
Personne, sire... Autrefois, votre bonté m'avait donné mes entrées à la cour... J'en ai peu usé dans vos jours de bonheur, j'en profite pour venir à vous dans des circonstances difficiles.
DE MOLLEVILLE
Monsieur, le roi a ses conseillers.
BARNAVE
C'est bien pour cela que je suis ici....
MALESHERBES
Messieurs ! . . .
LOUIS
Mais, enfin, je voudrais savoir ce qui vous amène... Vous ne venez sans doute pas de la part de l'Assemblée, car, en ce cas, vous ne seriez pas seule... [A part.) Encore des discussions !....
Sire, si un citoyen fidèle et dévoue a toujours le droit de montrer la vérité au souverain, mes paroles seront entendues, je l'espère !
DE MOLLEVILLE
Ah ! voilà où nous en sommes venus. . Vous traitez de puissance à puissance !
LOUIS
J'aime à croire que nous n'eu sommes pas encore là.... S'il y a une assemblée à Versailles, je pense qu'il y a aussi un roi.
BARNAVE
Sire, je sais depuis longtemps que vous n'aimez pas les flatteurs ; mais la flatterie est si habile que tous les pièges lui sont familiers...
MALESHERBES
Jeune homme, faites-vous ici des allusions ?
BARNAVE
Àh ! monsieur, toute la France vous respecte, et nul plus que moi me rend justice à la noblesse de votre caractère.
DE MOLLEVILLE
C'est probablement de moi qu'il s'agit... et je cède la place....
LOUIS
Non, Molleville, ne vous éloignez pas... restez... (A Barnave.) Monsieur, ce que vous dites c'est de l'audace ou du dévouement.
BARNAVE
C'est du dévouement, sire, et il m'en a fallu pour encourir votre colère... mais j'ai consulté ma conscience, et je me suis jure de venir vous dire qu'on vous poussait dans une voie périlleuse...
DE MOLLEVILLE
Parce que l'on conseille à Sa Majesté de tenir tête aux empiétements de l'anarchie!
BARNAVE
P.m e qu'on ne laisse pas parvenir jusqu'au roi l'expression sincère de ce qui se passe!... Parce qu'on l'engagea fermer la