ACTE 1IÏ, TABLEAU III
Mine BE TOLRZEL.
Est-ce que vous croyez 4ue toutes les précautions n'ont pas été bien prises ?
CLÉRY
Oh! jusqu'à présent tout va parfaitement, il me semble ; mais c'est une entreprise si importante, si délicate, le roi sortant des Tuileries, avec toute sa fendille, pour se rendre jusqu'à la frontière!., songez donc qu'on le perd a peine un seul instant de vue; l'assemblée législative le fait garder comme un otage, pour ainsi dire; ici même, nous sommes incessamment épiés; tous les soirs, lorsque le roi passe dans sa chambre, il est accompagné du commandant delà garde nationale ou de l'adjudant général, qui assiste à son coucher.. Tous ces empêchements peuvent êtreévités, je le sais ; ils le seront, je l'espère ; mais le moindre incident imprévu peut déranger toutes les combinaisons et amener de fâcheux résultats...
Mme DE xoxjRZEL.
C'est possible, mais il vaut mieux lout risquer que de continuer de vivre comme nous vivons, prisonniers!.. Le Dauphin, madame Royale !.. Pauvres enfants !..
CLÉRY
Madame de Tourzel, tout le monde sait que vous les aimez comme une mère...
Mme DE xouRZEL
C'est pour cela que je n'ai plus de courage à les voir rester à Paris... ces pauvres enfants !... Non, M. Cléry, non, cela ne peut pas durer ainsi plus longtemps ! . .
CLÉRY
D'un autre côté, madame, si le roi était retenu au montent du départ ou arrêté en chemin...
Mme DE TOCRZEL.
Non, j'ai confiance... on ne suspecterait pas ce passe-port que la reine a fait préparer sons le nom de la baronne de Khorf... Songez d'ailleurs que M. de Bo allé à échelonné des soldats qui suffiront à nous protéger... Allons, allons, rassurez-vous... Je voudrais vous voir comme M. de Lauzun... il ne doute pas, lui!
CLÉRY
Oh ! il ne doute de rien ; mais, quoi qu'il en soit, sa légèreté habituelle ne l'empêche pas de sedévouer avec un zèle peu ordinaire... C'est à lui que nous devons tous ces préparatifs du dehors, dont nous n'aurions pu nous occuper... Il a fait construire une berline qui emmènera toute la famille royale. .. je crois même que c'est lui qui se fera le cocher du fiacre qui doit attendre au guichet de l'échelle...
Mrae moraxd, à part, entrant sans être vue.
Toujours en confidence mystérieuse... Décidément il se prépare quelque chose...
SCSNE II.
Les Mêmes, &l-e MORAND.
cléry, se retournant.
Ah ! nous ne vous savions pas la, madame Morand...
Mme mora.vd. souriant avec ironie.
Vous étiez si occupés de votre conversation... Je ne m'annonçais pas. de crainte d'être importune ou indiscrète...
CLÉRY
Mais, madame, nous n'avions rien à nous dire, madame de Tourzel et moi, que vous n'eussiez pu entendre...
Mme MORAND.
Oh! je n'en doute pas... Et d'ailleurs, M. Cléry, cela ne me regarde point...
Mme D£ XOCRZEL.
Auriez-vous a me parler, madame ?..
Mmp MORAND.
Certainement, puisque j'ai pris la liberté devenir vous déranger... Je désirais savoir si vous n'aviez rien à faire dire à madame Campan, qui va partir et qui ne reviendra que dans deux jours, puisqu'elle a un congé...
Mme DE TOURZEL.
Madame Campan n'a point d'ordre à recevoir de moi, vous le savez bien...
Mme MORAND.
Sans doute... Aussi, vous sachant très-bien avec elle, ma démarche n'est qu'officieuse et de prévenance...
Mme DE TOURZEL.
Je vous en suis obligée...
• m1116 morand, à part.
J'aurais pourtant parié qu'ils n'étaient pas seuls.... La reine!
la reine, entrant.
Vous voila, madame de Tourzel?.. [Apercevant Mme Morand.) Ah!.. Vous n'avez rien à me dire?..
Mme MORAND.
Non. madame, je n'ai rien à dire à votre majesté... (Elle salue humblement et sort.)