ACTE III, TABLEAU III
chez moi; mais où sont le manteau et la pelisse que j'avais demandés pour mes enfons?..
Mme DE TOURZEL.
Les voici, madame...
LA REINE
Bien !... Cléry, vous n'oublierez rien, n'est-ce pas, de ce qu'il faut pour le service du roi...
CLERY
Non, madame; mais prenons garde qu'un trop grand nombre d'objets à emporter ne nous soit un inconvénient...
LA REINE
Vous avez raison, mais nous sommes beaucoup de monde.... Oui, beaucoup... Heureusement, nous pourrons passer pour une famille entière qui voyage... Ah ! Cléry, vous laisserez, comme c'est entendu, dans unearmoire de la chambre du roi, cette grande redingote, ce chapeau rond, enfin cet habillement, d'un simple bourgeois, que vous avez acheté pour le voyage... Nous vous laissons à Paris, mon bon Cléry, mais nous ne tarderons pas à appeler auprès de nous un serviteur aussi fidèle, un ami aussi dévoué !...
CLÉRY
Madame, que Dieu protège la famille royale et je me trouverai bien heureux !..
LA REINE
Maintenant, séparons-nous, car je redoute le moindre changement dans nos habitudes... Conservons tous notre attitude accoutumée... Prenez bien garde d'exciter la curiosité par une apparence de préoccupation... Monsieur de Lauzun pense, et je suis de son avis, qu'il faut recevoir ici ce soir autant de monde que par le passé... Plus tard, lorsque le commandant delà garde nationale ou l'adjudani-général viendront pour le coucher du roi, je vous en prie, que tout se passe bien comme à l'ordinaire, comm o tous les soirs... Allez, allez!.. Ah ! à propos, et les diamants?..
CLÉRY
J'ai retiré des écrins tous ceux que vous m'avez indiqués...
LA KEINE
Vous retournez auprès de mes enfans, n'est-ce pas, Mme do Tourzel?..
Mme DE TOURZEL.
Oui, madame... {Elle sort avec Cléry.) SCENE IV.
LA REINE, seule, puis LOUIS XVI.
LA REINE
Ah ! nous leur échapperons enfin !.. nous nous mettrons à l'a-
fr6 LOUIS XVI ET MARIE-ANTOINETTE.
bri de ce pouvoir de la multitude qui s'est dressé sur les ruines de l'autorité royale... Que d'affronts dévorés en silence !... Que de larmes versées à la dérobée!.. Des supplices qui justifieraient le désir de se venger... Mais non, ce n'est pas pour cela que je veux revenir... Je ne songe a ressaisir le sceptre, avec toute sa force, que pour montrer que nous sommes dignes et capables de le porter !... Le roi!...
LOUIS
Eh bien, madame, tout va-t-il à votre gré ?..
Oui, sire, et dès ce soir, dans quelques heures, nous serons hors de Paris...
LOUIS
Vous avez bien calculé toutes les chances hasardeuses de cette fuite?..
LA REINE
Sons doute, et je ne recule pas, et je ne veux pas croire que vous soyez revenu sur votre décision...
LOUIS
Non, certes, non... Mais il m'est bien permis de songer à ce que notre départ va jeter de surprise et de trouble au milieu de l'assemblée et de la population...
LA REINE
Il y a déjà si longtemps qu'on ne vous traite plus en roi, que vous avt-z bien le droit de n'agir aujourd'hui que comme époux et comme père...
LOUIS
Et c'est 1 ; c e qui m'a déterminé ; et puis cette lutte 'ontinuelle m'obsède et me fatigue... J'ai fait totttes les concessions possibles pour amener un pacte, une trêve au moins, entre mes ennemis et moi, rien ne m'a réussi !...
LA iiElNE.
Ils deviendront plus iraitahles lorsqu'ils vous sauront délivré de leur tyrannie, entouré ce troupes fidèles et eu chemin pour
ressaisir toute votre puissance.
LOUIS
Madame, vous savaz que je ne veux point passer la frontière?
S'il le fallait pourtant...
LOUIS
Non, madame, non, je ne ij miterai pas la France... On n'obtiendra pas de moi que j aille ï l'étrang< r. et que je revienne sous un drapeau qui n'est pas le mien... c'est bien assez de m'éloigner de Paris; c'est un acte de faiblesse.
LA REINE
Peut-être, niaii il faut l'attribuer à ce que, dans le passé, vous vous elès montre tacilè et débonnaire.