SCENE III
LA REINE, Mme ELISABETH, Mm« ROYALE, TISON, GARDES NATIONAUX, au fond.
(La Reine conduit Mmt Royale à une chaise dans un des coins du théâtre ; elle lui remet un ouvrage de tapisserie.)
LA REINE
Mon enfant, continuez cette tapisserie que vous avez si bien commencée. . . Nous en ferons un fauteuil pour le roi...
Mme ROYALE.
Oh! maman, je vais travailler beaucoup parce que mon père n'a qu'un vieux fauteuil de paille...
LA REINE
De meilleurs jours nous viendront, mon enfant.. La Reine va s'asseoir auprès de Mme Elisabeth qui finit un bonnet pour Mme Royale. La Reine sort des poches de son tablier des bas d'enfants; elle se met à les raccommoder. Tison et les Gardes nationaux ont disparu ; il n'y a plus au fond que le factionnaire.
ELISABETH
Ma sœur, ce bonnet que je finis pour Thérèse n'est pas élégant, mais il sera bon pour passer l'hiver dans ces murs humides.... Nous pouvons tout supporter, nous, mais l'enfance demande des soins attentifs...
LA REINE
Ah ! vous êtes si bonne !.. Vous apportez tant de douce résignation dans nos malheurs... C'est Dieu, c'est la religion qui soutiennent votre courage !..
ELISABETH
Et vous, ma sœur, c'est le dévouement à mon frère qui vous a donné votre force sublime...
Votre frère ?.. Ah ! pourquoi ne s'est-il révélé à moi que dans l'adversité !.. Il n'a plus aucun des défauts de sa jeunesse.... La bonhomie un peu rude de son caractère s'est changée en sensibilité et en grâce, pour ceux qui l'entourent...
ELISABETH
Je l'ai remarqué comme vous...
LA REINE
Il semble vouloir racheter, a force de patience pour lui-même et de tendre intérêt pour les autres, le tort de leur faire partager ses malheurs... La solennité de son abaissement donne à sa personne la dignité que le trône lui avait refusée... La prison l'a ennobli!...
Mme ELISABETH.
Et pourquoi tant de vertus ont-elles brillé si tard, et seulement dans l'obscurité d'une prison?...
la reine, avec sensibilité.
Il n'était pas connu!... Et moi, moi sa compagne, sa femme, je le méconnaissais aussi!... Oh! que je regrette d'avoir trop laissé distraire mon âme aux jours de la prospérité, et de n'avoir pas senti alors le prix de l'amour de mon époux !... (Elle essuie ses larmes.)
ELISABETH
C'est une dette que vous lui payez déjà et que vous acquitterez plus tard...
la reine, se levant, à part, avec un geste de doute. Plus tard! (Souriant en roulant les bas.) Allons! demain, les