SCÈNE VIII
MARIE, hors d'elle-même, les cheveux en désordre, la robe déchirée, avec tous les signes d'un complet désespoir.
Quelle nuit! quel rêve! et quel réveil ! où cette maudite robe m'a-t-elle menée? cette robe, cette robe perdue, comment la payer? où prendre l'argent qu'elle coule? (Elle ôte cette robe et remet la sienne.) Tout ce que j'ai ne suffirait pas, mon Dieu ! un abus de confiance, presqu'un vol, la prison peut-être ! quelle honte! jamais... jamais... plutôt mourir !... D'ailleurs, pourquoi vivre? je sais ce que c'est maintenant. J'ai vu, j'ai vu l'abîme jusqu'au fond !... Oh ! ces plaisirs sont des crimes, ces joies des repentirs, ces bonheurs des remords... Dieu merci, j'en suis sortie... Il n'y faut plus rentrer... non, non, je ne veux pas, je ne veux pas y retomber, y rester comme tant d'autres .. Et pourtant j'ai peur, mon Dieu ! à côté de l'homme qui m'insultait, celui qui me défendait était si noble et si beau !... Oh! si j'allais céder encore une fois!... Là, le crime, le déshonneur... Ici, pauvreté, désespoir!... ni l'un, ni l'autre... la mort! je mourrai du moins honnête....
digne encore d'aller rendre à ma mère l'anneau qu'elle m'a laissé... Allons, c'est fini, je vais la rejoindre la-haut !... Ah ! — Un mol d'abord à mon vieux voisin !... [Elle se place à la petite table et écrit.) « Adieu, père Jean, je quitte le collier de mite sère... je ne veux pas prendre celui de la honte... je ne peux « plus vivre... je veux mourir... Je vous charge de faire vendre « mon pauvre ménage, et avec l'argent de la vente, de payer la « robe déchirée et de m'euterrer auprès de ma mère!... Marie « Didier. » Allons!... [Elle sort pour porter la lettre chez le père Jean.)