ACTE II, SCÈNE IV. SI
SAINTE-AMARANTE
Quel tableau ! je n'ai jamais rien lu de si saisissant.
roeolphe, à part.
Je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas à mon aise.
LOUISANNE.
La comtesse m'attira vers elle, et d'une voix qui empruntait à la mort une étrange solennité...
sainte-amarante, se rapprochant.
Redoublons d'attention. {Rodolphe recule sa chaise.)
L0U1SANNE.
Ma fille, me dit-elle, sais-tu qui tu as épousé? Le dernier des Pigliaspada ! Il a tué Edmond Dudley par le plomb ; il a tué Giacomo Doria par le fer; il tuera tous ceux que tu aimeras. Si le fer et le plomb lui manquent, il a le poison des Borgia. S'il ne t'a pas tuée, c'est que chez nous on ne tue pas les femmes; mais il te tuera dans ton cœur. Tous ceux qu'il attire près de toi sont des victimes vouées à sa vengeance. Défie-toi de ta beauté, défie-toi de ta jeunesse, ton amour donne la mort. rodolphe, à part.
J'ai froid dans le dos, (Il recule sa chaise.)
Eh bien, Valentin, vous avais-je trompé? Voila la vie.
VALENTIN
C'est une épouvantable histoire I
LOUISANNE.
Maintenant, messieurs, vous comprenez pourquoi je vous éloigne, pourquoi mon mari vous attire ?
RODOLPHE
Parfaitement.
SAINTE-AMARANTE
Votre récit est terminé, madame ?
louisanne, se levant.* Vous savez tout, messieurs. (Les trois hommes se lèvent et rangent les sièges.)
SAINTE-AMARANTE
Eh bien, moi, Alfred de Sainte-Amarante, je jure, et je prends à témoin du serment tous mes aïeux, depuis Raoul de Sainte- Amarante, qui mourut en Palestine, jusquà Paul de Sainte- Amarante, qui mourut sur la terre d'exil... je jure que nous vous délivrerons du monstre qui vous torture ou que nous périrons tous trois.
Rodolphe, à part.
Tous trois? parlez pour vous !
VA LENT IN
Acceptez nos services, madame; quant à moi, je succomberais sans regret dans une pareille entreprise.
LOUISANNE.
Je suis touchée, comme je le dois, de votre générosité , messieurs. Je crois que le ciel vous a mis sur ma route pour me délivrer, et j'accepte vos offres chevaleresques. Rodolphe, à part.
On n'est pas plus indiscret, ma parole !
VALENTIN
Merci, madame, merci.
SAINTE-ÀMARANTË.
Choisissez, madame, faites un heureux. Tous deux seront également fiers de vous servir, tous deux sont également braves ; mais Rodolphe a l'avantage de l'expérience, il est fait a ces.sortes d'aventures, il a déjà tué deux Corses ; il y a la main.' Rodolphe, à part.
Ah ! je m'ennuie !
VALENT!*
Je n'ai encore tué personne, il est vrai; mais quand le cœur est ferme, la main ne tremble pas.
RODOLPHE
Mais, madame, il y aurait un moyen bien simple d'arranger tout cela.
SAINTE-AMATUNTE.
Pas de coup de tête, mon neveu ! Je le connais : sans plus attendre, il est homme à provoquer le comte.
RODOLPHE
Mais non, mais non... un moyen plus sûr.
LOUISANNE.
Et lequel, je vous prie ?
a SAINTE-AMARANTE.
Oui, lequel ?
RODOLPHE
Pardieu, que madame dépose une plainte au parquet du
procureur du roi !