‹ ThéâtreChapitre 298 sur 449 · PROLOGUE , SCENE V · texte numérisé non relu

PROLOGUE , SCENE V

DEUXIÈME OFFICIER

Ce n'est pas par régime, je suppose.

DONATIEN

Non, messieurs.

LUCENAY

C'est donc un vœu?..

DONATIEN

Oui, un vœu auquel je n'ai jamais manqué.

PREMIER OFFICIER

C'est malheureux ! car, en ce cas, vous ignorez le plaisir que le vin donne.

DONATIEN

Je sais le mal qu'il peut faire... je sais qu'il peut rendre capable d'un crime.

LUCENAY

Sans doute... des natures perverses,., mais vous, Donatien?

Ecoutez-moi: Il y a quinze aï s, j'en avais vingt-deux alors... des amis aussi m'ont fait boire... et je me suis enivré. Rentré chez moi, je n'avais plus la conscience de moi-même.,, ma mère était là... il faut que je ne l'aie pas reconnue puisque je l'ai insultée... oui, messieurs, j'ai insulté ma mère pour qui ma tendresse était un culte, une adoration... la noble femme indignée m'a voulu chasser de son salon .. alors, furieux, en délire, j'ai osé lever la main sur elle... On! je ne l'ai pas frappée... non, Dieu ne l'aurait pas voulu... je ne l'ai pas frappée puisque j'existe encore!., mais, vous le voyez, le vin me rend fou! Ainsi, je vous le répète, messieurs, ne me faites pas boire... oh! ne me faites pas boire, il m'arriverait encore malheur.

LUCENAY

Soyez tranquille, on respeotera votre vœu. (Il monte sur la terrasse avec Donatien.)

DEUXIÈME OFFICIER

Bon ! il n'a plus vingt ans.

PREMIER OFFICIER

Il n'a pas de grands parents à battre... et puis peut-être a-t-il le vin très-calme, à présent.

DEUXIÈME OFFICIER

• On peut tenter l'épreuve.,, c'est un service à lui renr 'Ils montent sur la terrasse. — Un garçon sert ù table. — Donatien, Lucenay et les deux Officiers s'asseyei à table.)

LUCENAY

Nous sommes merveilleusement placés.

Donatien, au garçon qui a versé du vin dans les verres. Mon ami... changez-moi ce verre... je ne bois pas de vin.

LUCENaY.

Ohl vous ne refuserez pas le premier toast.

DONATIEN

Puisque vous le voulez absolument... mais rappelez-vous bien que je ne réponds pas de moi.

PREMIER OFFICIER

Nous en répondons, nous. {Les quatre convives choquent leurs verres. Quand ils ont bu, l'un des Officiers parle bas au garçon qui fait vn signe d'intelligence et sort , puis revient avec une enrafe% — £,a conversation paraît s'établir à table. — Détonation suivie d'une vive lumière, rumeur à gauche.)

DONATIEN

Ah ! voilà le feu qui commence. (Les quatre convives se lèvent de table, s— Un flot de peuple accourt venant de la droite et disparaît peu à peu à gauche.)

Donatien , qui s'exalte.

Ah! c'est un beau spectacle vraiment que ces gerbes d'or qui s'élancent vers la nue, que ces feux aux mille couleurs qui semblent embraser l'horizon.

PREMIER OFFICIER

Eh bien, docteur, buvons à celui qui inventa la poudre. Donatien, buvant.

Cette foule immense ne vous apparaît-elle pas comme une mer vivante? Voyez, voyez comme ses flots grossissent... Cette mer est calme maintenant, mais si elle devenait orageuse, ce se serait une horrible tempête.

DEUXIÈME OFFICIER

Sur cette mer-là, docteur, plus d'une vertu fera naufrage ; cette fête va coûter cher à plus d'un mari.

PREMIER OFFICIER

Vous êtes garçon , docteur?

DONATIEN

Oui, messieurs.

PREMIER OFFICIER

Nous pouvons donc boire aux maris... malheureux.

DEUXIEME OFFICIER

Moi, je bois aux jolies femmes! Allons, docteur, on ne peut refuser de porter ce toas

lucenay, bas à V Officier.

Prenez garde, messieurs, voyez quel éclat dans ses regards

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