‹ ThéâtreChapitre 315 sur 449 · DONATIEN, THÉOBALD · texte numérisé non relu

DONATIEN, THÉOBALD

Eh bien ! vous ne mangez pas, mon ami?

THEOBALD.

Je vous écoute et je vous admire, monsieur ; vous êtes à la fois le médecin de l'âme et du corps... Permettez-moi de m'étonner qu'un homme qui avait attaché déjà la célébrité à son nom, se soit résigné à cacher dans un obscur village la science et les vertus que le ciel lui avait départies.

DONATIEN

Rien de tout cela n'est perdu, puisque les pauvres en profitent... Bien d'autres qui valaient mieux que moi se sont consacrés à une pareille mission... mais ce qu'ils ont fait par modestie ou par amour pour l'humanité, c'est comme expiation que je l'accomplis.

THÉOBALD

Vous?

DONATIEN

Oui, je ne ferai jamais assez de bien, pour racheter le mal que j'ai fait! — Mais, laissez-moi maintenant m'occuper de vous, nion hôte, laissez-moi vous regarder, vous, le souvenir vivant d'un ami qui n'est plus. — Comment se fait-il que vous ayez quitté ce nom de Lucenay qu'il vous avait bransmis si parfaitement honorable, si parfaitement honoré?

THÉOBALD

Lorsque mon père quitta la France, il y a dix-huit ans, il me laissa, avec* ma mère, au château de Lestrelles,. nous confiant tous deux aux soins de mon oncle, le vicomte de Lestrelles. — Heias I monsieur, dans la môme année, la mort happant à deux reprises, me fit orphelin. — Mon oecle m'aimait comme son fils, ii m'adopta, po

aille, une lettre de mon père, qui annonçait

a madame de Lucenay, qu'avant de s'éloigner de Paris, il avait fait faire pour moi son portrait en miniature ; que ee portrait avait été confié par lui à son ami Donatien, qui s'était chargé de le lui faire sûrement parvenir, lia mère n'avait jamais reçu le médaillon dont cette lettre me révélait l'existence. — Alors je résolus de venir à Paris, le réclamer au dépositaire. — J'appris là, que le célèbre docteur n'était, plus qu'un simple médecin de campagne et que c'était à Bonnières que je devais l'aller chercher.

DONATIEN

Oui !... ce portrait me fut remis par votre père... Ce portrait, je l'ai perdu le jour même où il me fut confié. . . Le jour. . . (// s'arrête et met la main sur ses yeux.)

THÉOBALD

Pardonnez-moi, monsieur, d'avoir réveillé de pénibles souvenirs. — Je regrette profondément la perte du portrait de mon père.; mais la recherche de ce médaillon n'était pas le seul motif qui m'amenât ici. . . Le village de Bonnières est voisin du château de la Yieuville ?

DONATIEN

En effet. Ce château, longtemps désert, est habité aujourd'hui. — Monsieur de la Vieuville, après avoir quitté le service dans des circonstances qui doivent vous êtes connues, se décida à voyager dans l'espoir de rétablir la santé de madame de la Vieuville ; quand le contre-amiral revint en France, il ramenait un enfant que Dieu lui avait envoyé pour soutenir et consoler sa vieillesse.

THÉOBALD

Mademoiselle Marie ?

DONATIEN

Oui ! c'est ainsi qu'on appelle la plus jeune fille de M. de la Vieuville — la connaissez vous donc ?

THÉOBALD

Il y a deux ans, j'ai rencontré dans le monde, à Florence, puis cet hiver à Versailles, madame la duchesse Marthe de Montbreuse, et mademoiselle Marie sa sœur. — Je vous l'avouerai à vous, qui voulez bien être mon ami, j'aime mademoiselle Marie, et la bienveillance qu'elle me témoigne me donnerait le plus doux espoir, si sa Sœur, madame de Montbreuse, ne venait renverser tous mes rêves d'avenir et de bonheur.

DONATIEN

Comment cela ?

THÉOBALD

Je ne puis vous expliquer ce que je ne comprends pas moimême. — Madame de Montbreuse semble éprouver pour moi

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