ACTE II, SCENE VI
Le repos et l'honneur de mon mari î
GEORGES
Non.
MARTHE
Le bonheur et l'avenir de ma fille ?...
GEORGES
Non.
MARTHE
Ainsi, c'est de moi seule qu'il s'agit... pour moi seule que je dois craindre... Je ne vous demande plus rien, mon frère. [Se plaçant à la table.) Dictez!
georges, dictant.
« Je joins ma demande à celle de mon frère Georges... »
MARTHE
Ah! je comprends... c'est à propos de ce créancier dont vous m'avez parlé.
GEORGES
Oui , créancier terrible , inexorable , qui ne me laisse plus un jour, une heure de repos.
MARTHE
Continuez.
GEORGES
« Je lui remets mes pouvoirs et déclare accepté par moi tout » ce qui se fera en mon nom. »
Marthe, à elle-même.
C'est cela un engagement sur mes biens... Ah l de grand cœur si cela peut le sauver. (Haut.) Est-ce tout?
GEORGES
Oui, signe maintenant. Tu as fini?...
MARTHE
Voyez. (Elle lui remet le papier.)
GEORGES
Très-bien... cela suffit. (Il sonne.)
MARTHE
Que faites-vous ?
GEORGES
Attends... et pas un mot. (Un valet paraît, Georges lui donne le papier.) Porte ceci à la personne qui m'attend dans le petit
pavillon du parc Tout à l'heure j'irai l'y rejoindre. (Le valet
sort.)
MARTHE
Quelqu'un est venu avec vous? Mais qui donc?
GEORGES
Un parent de ton mari... Monsieur Leverdier, conseiller-juge au parlement.
MARTHE
Un magistrat ici? qu'y vient-il faire?
Il répond à notre appel, ma sœur.
MARTHE
Et c'est à lui que vous envoyez le pouvoir que vous m'avez fait écrire?
GEORGES
11 ne pouvait agir sans cela.
MARTHB.
Agir comme juge... mais j'ai cru qu'il n'était question pour vous que d'un emprunt, j'ai cru que pressé par. un créancier et privé de ressources vous aviez recours à moi afin que ma signature répondît de la vôtre... me suis-je trompée ?
GEORGES
Complètement... tu n'as pas compris... tu ne pouvais comprendre.
MARTHE
Ce n'est pas cela ! mais alors que m'avez-vous donc fait signer ?..
GEORGES
Ma sœur, tu viens de demander avec moi l'interdiction de notre père.
MARTHE
Ah!
GEORGES
C'est qu'il ne suffit plus, entends-tu bien, de quelques misérables sommes arrachées à l'avarice des usuriers... il me faut une fortune pour satisfaire l'avidité de celui qui tient en ses mains plus que mon honneur et ma vie.
Vous avez rêvé l'interdiction de monsieur de Lavieuville, et vous croyez que je serai votre complice? non pas ! la signature que vous venez de m'arracher frauduleusement ne m'engage à rien... Oubliez, si cela vous est possible, le plus saint des devoirs pour accabler un vieillard et pour consommer sa ruine... Je le protégerai même contre vous... car je n'oublierai pas que je suis sa fille !
GEORGES
Tu ne te souviendras que d'une chose. Marthe; c'est que tu es mère et que j'ai ton secret.