‹ ThéâtreChapitre 345 sur 449 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

MARTHE

Ah l Georges... je vous connaissais des erreurs et je vous pardonnais... je vous soupçonnais des vices et je vous plaignais,.. Mais vous n'avez droit ni à l'indulgence ni à la pitié, car vous êtes lâche et cruel.

GEORGES

Non... je suis malheureux.

MARTHE

Et pour échapper à ce malheur, vous méditez celui de votre père... vous me menacez dans ma tendresse de mère... dans mon honneur d'épouse... moi, votre sœur !

GEORGES

Je te le répète, Marthe, il faut que la loi prononce l'interdiction de mon père... La libre disposition de ses biens peut seule me mettre à même de l'acquitter cette dette, mon supplice de tous les moments... cette dette dont le chiffre et le terme sont à la disposition de celui qui la réclame... Tu m'as dit ton malheur, connais aussi le mien... Il est dans le monde, au rang le plus élevé, une femme jeune, riche et belle, dont la vie se passe au milieu de toutes les splendeurs du luxe, dans l'enivrement continuel des plaisirs ; cette femme que j'idolâtre, j'en suis aimé, ma sœur! Mais pour mériter d'être distingué par elle, il fallait, que je fusse toujours là, éclipsant mes rivaux par ma magnificence comme je les surpassais par mon amour. Dans cette lutte dévorante j'ai englouti l'héritage de ma mère, j'ai épuisé la patience et la généroité paternelles... J'ai lassé le sort du jeu. Un crime ne m'eût pas coûté pour conserver la position que j'avais conquise; je ne reculai pas devant une bassesse... les cartes et les dés ne m'offraient plus que des hasards malheureux ; j'ai voulu forcer le hasard à cesser de m'être contraire

MARTHE

Vous... un gentilhomme !

GEORGES

Mais, débutant inexpérimenté, je me suis laissé surprendre par mon partner... J'ai dû me mettre à la merci de celui que j'avais voulu tromper... D'un mot il pouvait me perdre et me perdre devant elle... Je lui ai offert ma vie en échange de son silence, et je l'ai trouvé généreux quand il a exigé ma signature au bas d'un écrit où je confessais ma faute.

MARTHE

Et vous avez signé ?

GEORGES

Tout ce qu'il a voulu.

MARTHE

Et le nom... le nom de .cet homme9

GEORGES

C'est au baron de Saverny que j'appartiens maintenant corps et âme ; Saverny qui peut, quand il le voudra, changer en un mépris écrasant l'amour qui est plus nécessaire à ma vie que l'air que je respire... Saverny, prodigue et débauché, a besoin d'or, de ucoup d'or ; il a fixé enfin l'échéance; il va venir réclamer la dette, et il faut qu'à tout prix je sois en possession d'une fortune quand il arrivera.

MARTHE

Georges!

GEORGES

Ne prolongeons pas des débats inutiles. Nous sommes d'acrord... nous devons l'être; le juge est la... Un médecin des environs, le docteur Donatien, à qui j'ai écrit, va venir tout à l'heure... Il suffira de la moindre épreuve pour s'assurer que M. de Lavkuville touche à l'état de démence, et son interdiction que iious demandons ensemble sera facilement prononcée.

MARTHE

Oh! jamais, jamais!

GEORGES

Ma sœur, si ce que j'ai résolu ne s'exécute pas, je suis déshonoré et je ne le serai pas seul. Marthe, pense à M. de Montbreuse... Pensé à Marie surtout. (Il sort.)

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