ACTE II, SCENE IX
MARTHE
Ce n'est pas une consultation au chevet d'un malade, c'est une attestation devant un juge que l'on va vous demander.
DONATIEN
Il est donc arrivé ici quelque horrible malheur?...
MARTHE
Un crime doit s'y commettre !
DONATIEN
Un crime 1
MARTHE
Oh! mais je suis bien rassurée maintenant;... vous voici, je vous vois, je vous parle. Vous pouvez tout empêcher, et vous m'exaucerez, moi qui n'ai d'espoir qu'en vous.
DONATIEN
Remettez-vous, madame ; dans l'état d'émotion où vous êtes, toute ma raison ne suffit pas à vous comprendre...
JEn effet, vous ne pouvez deviner... C'est tellement affreux que votre âme honnête s'indignerait de le supposer... Tout à l'heure, monsieur, je vais solliciter l'interdiction de mon père l
DONATIEN
Vous, madame...
MARTHE
Oui, de mon père, dont la mémoire est parfois incertaine ;.. mais qui voit juste, qui voit droit et haut quand il interroge sa conscience ou son cœur.
DONATIEN
Il suffit de ce que vous dites, madame, pour que la science hésite et que la loi se taise... Répétez ces paroles devant le magistrat, et, je vous l'atteste, l'interdiction ne sera pas prononcée.
MARTHE
Mais je ne puis, je ne dois rien dire... Telle est en ce moment ma situation, monsieur, que si pour tromper votre art, si pour abuser la justice on a recours à la ruse, au mensonge, j'en dois être complice au moins par mon silence.
DONATIEN
Mais à personne au monde on n'a le droit d'imposer une pareille contrainte,
FHB,
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, car sur ce point aussi je sais condamnée au silence, mémo 3TS vous à qui je voudrais tout confier. Mais, croyez-le bien,
en subissant ce joug qui m'accable, je ne cède pas par lâch une teneur personnelle. Ah! si d'autres que moi ne devaient pas être victimes de ma résistance , j'accepterais la lutte, et Dieu mettrait en mon cœur assez de force pour triompher... Mais, je vous le répète, devant l'infamie qui se prépare, mon rôle est de consentir à tout, mon devoir • st de me taire.
DONATIEN
Vous êtes meilleur juge que moi, madame, de la limite où doit s'arrêter votre confiance... je .-.'en veux savoir là-dessus que ce que vous m'en pouvez dire: j'ai compris, c'est qu'jl y
avait un pacte entre ?ôtro frère e' vous, pacte imposé par la violence, accepté parle malheur.
MARTHE
Oui, par le malheur.
LOXATIh.N
L'un de vous deux a espéré trouver d:,ns le médecin de campagne un témoin facile à tromptr... ou plus facile encore à séduire; l'autre me demande de témoigner même contre elle pour épargner à sa conscience le poifls d'un crime qu'elle n'a pas voulu; je la remercie de m'avoïr choisi pour auxiliaire, et je lui prouverai qu'elle n'a pas fait en vain appel à mon cœur.
MAHTHS.
Ah! je ne m'étais pas trompée... Mais, si, comme je d craindre, quelque absence dans l'esprit de mou père forçait votre sincérité à reconBaîlrc l'évidence, consentiriez-vous a dire...
DONATIEN
Ce qui ne serait pas exactement vrai,., certainement, madame, cela m'arrive souvent dans les cas désespérés... Je tiens la vérité pour une belle et noble chose... mais je me résigne à la sacriiier quand il ne faut qu'un bon mensonge pour empêcher une mauvaise action.
Marthe, apercevant Georges.
Mon frère !
DONATIEN
Rassurez-vous... j'arrive à l'instant, vous ne m'avez rien dit, je ne sais rien, madame, absolument rien.