ACTE II, SCENE XL
MARTHE
Mon père ï
Georges, las à Marthe.
Oh! tais-toi... tais-toi.
de lavieuville, aillant à Marthe.
Voyons, parle; mais parle donc, défends-moi donc... Eh quoif.. tu te tais !.. tu m'abandonnes?., tu me trahis 1 —toi — toi , Marthe ! — Oh î tu doutes de ma raison , tu défies ma mémoire?...
Marthe, à part.
Oh ! mon Dieu ! mon Dieu !
DE LAVIEUVILLE
Mais cette mémoire n'a jamais été si fidèle et si sûre... Le passé est là sous mes yeux — oui , là — sans lacune qui le brise, — sans nuages qui l'obscurcisse — des faits, des dates — vous voulez des dates, je vais vous en dire une — ma fille -r- la nuit du 30 mai 1770.
Donatien, à part.
La nuit du 30 mai !
MARTHE
Oh ! que va-t-il dire ?..
DÉ LA VIEUVILLE
Terrible nuit , n'est-ce pas — je m'y vois encore, l'échafaudage écroulé... ma fille perdue sous les décombres.... moi blessé, couvert de sang. — Je la cherchais en criant : Elle est morte ! Tout à coup on me plaça devant une autre femme évanouie... On disait aussi : Elle est morte... mais non... elle était déshonorée.
DONATIEN
Déshonorée!
DE LAVIEUVILLE
Oui, docteur, oui...
DONATIEN
Oh! monsieur, le nom de cette femme?
DE LAVIEUVILLE, exalté.
Vous me demandez son nom... Oh! je le sais... je puis vous le dire... je vous le dirai.
Marthe, courant à lui et lui montrant Marie. Oh! pas devant elle, mon père, pas devant elle,
DONATIEN
Ce nom, monsieur, ce nom?...
MARIE
Mais dites-le donc, mon père.
DE LAVIEUV1LLE.
Hein! c'est toi, toi, Marie, qui me demandes... Oh! non... ce serait horrible!., non, je ne me souviens de rien... ce que je vous ai dit tout à l'heure, messieurs, c'était un rêve, ne me croyez pas, j'étais en délire... On ne croit pas aux paroles d'un fou, et je suis fou, messieurs... oui, fou!.. (Il tombe épuisé teuil, Marie et Marthe courent à lui.)