ACTE III, SCEiNE VII
du contrat, que je vous fisse un aveu qu'il lui coûtait de vous faire lui-même.
TOUS
Un aveu !
DONATIEN
Ah! rassurez-vous! cette hésitation ce scrupule attestent encore la délicatesse des sentiments de Théobald, il n'a pas voulu que monsieur de Lavieuville sût ce que je vais lui apprendre avant qu'il eût donné son consentement au mariage ; enfin, il n'a pas cru devoir lui déclarer lui-même qu'il ne se nommait pas seulement de Lestrelles.
MARTHE
Oh ! mon Dieu I
Pourquoi tant de mystère?... pourquoi cachait-il son nom?
DONATIEN
Ce nom est honorable et pur ; mieux que personne vous le savez, vous, monsieur le comte, ce nom devait même vous rendre cette alliance plus précieuse.
MARIE
Mais ce nom, dites-le donc, docteur.
marthe, à part.
Pourquoi donc tremblai-je ainsi ?
DONATIEN
Monsieur Théobald n'est que le neveu du vicomte de Lestrelles, qui lui a imposé en l'adoptant le devoir de porter et son titre et son nom... mais Théobald est le fils du chevalier Charles de Lucenay.
MARTHE et DBLAVTEUVILLE.
De Lucenay I
MARIE
Mais il est très-joli ce nom-là !
marthe, à part.
C'était son père !
DE LAVIEl TLLE.
Lucenay! oh! oui, je me souviens... Lucenay... Oh! vous avez raison, docteur, c'est avec joie, avec bonheur que je donnerai Marie au fils de monsieur Lucenay; venez, j'ai hâte de l'embrasser. ,. Viens, Marie.
MARIE
Voyez donc comme ma sœur est pâle !
En effet.
DE LAVIEUVILLE
Ma fille !... ne viens-tu pas avec nous?
MARTHE
Avec vous?
DE LAVIEUVILLE
Sans doute, pour signer le contrat.
MARTHE
Le contrat de mariage de Marie et de Théobald de Lucenay, non, non... vous n'irez pas non plus, mon père... Ce mariage est impossible.
TOUS
Impossible!
DE LAVIEUVILLB.
Tu oublies, Marthe, que je l'ai résolu.
MARTHE
Cet odieux contrat fût-il signé... je le déchirerais. Je vous le répète, Marie ne peut pas être à ce jeune homme; docteur, emmenez -le, qu'il quitte ce château... à l'instant... et qu'il n'y rentre jamais.
MARIE
Chasser monsieur Théobald ; mais je l'aime, moi.
MARTHE
Malheureuse enfant ! il faut renoncer à cet amour.
Et pourquoi donc? puisque mon père l'approuve.
DE LAVIEUVILLE
Sans doute, et le mariage aura lieu, je le veux l
Marthe, à de Lavieuvilie.
Vous le voulez. (Plus bas.) Voulez-vous donc jeter la sœur dans les bras du frère?
• DE LAVIEL'VILLE.
Que dis-tu?
MARTHE
^ Je dis que monsieur de Lucenay était un infâme; je dis qu'il s^st vengé comme un lâche , je dis que le misérable auteur de l'attentat du 30 mai, c'était lui... j'en ai la preuve!
DR LAVIEUVILLE, haut.
Ah! ta as raison, Marthe, ce . «st impossible!
MARIE
Eh quoi! vous aussi, mon père?
DONATIEN
Pardon, monsieur le comte... n'aurai-je aucune explication à donner à monsieur de Lestrelles?
MARTHE
A monsieur deLucenay, à lui, nous n'avons rien à dire... à vous, docteur, à vous que" nous estimons, nous vous demandons comme une grâce de ne pas insister pour connaître les raisons qui nous font agir.
marie, à part.
Oh! je les connais, moi... j'avais deviné juste... Oh I ma sœur! ma sœur !
MARTHE
Monsieur de Lavieuville va écrire à l'instant même à monsieur Théobald... qu'il doit renoncer à tout espoir. Ecrivez, mon père ! écrivez ! {Pendant ces mots Marie est allée au secrétaire et en a retiré le médaillon.)
DONATIEN
Monsieur le comte, vous devez avoir un motif bien grave pour en agir ainsi... Je ne devrais peut-être pas insister pour qu'il me fut révélé, mais Théobald voudra le connaître... Au nom de son amour, au nom de son honneur, il vous le demandera, et vous n'aurez pas le droit de garder le silence.
marie, à mi-voix, passant près de Donatien.
Le motif du refus de ma sœur... tenez, docteur, tenez, le voilà! (Elle lui montre le portrait.)
Donatien, avec surprise.
Ce portrait 1
marib.
Oui... ce portrait... qu'elle cache... ce portrait que j'ai surpris tantôt dans ses mains.
Donatien, h lui-même.
Oh l mon Dieu ! c'était elle 1 c'était elle !
MARTHE
Tenez, docteur, donnez cette lettre à monsieur Théobald !
MARIiS.
Marthe! cette lettre, c'est le malheur de ma vie, c'est ma mort, peut-être !
ïnapit . 3ur!
marie, éclatant.
Ah ! que Dieu vous pardonne, ma sœur! moi, je tous maudis î (Elle tombe sans connaissance.)
de lavieuville, courant à elle avec désespoir. Ah! Marie I mon enfant I... Marthe ! Marthe! tu as tué ta fille !
DONATIEN
Sa fille !
MARTRE
Ah! sauvez-la, docteur, sauvez-la! (Elle se jette sur le corps de Marie qu'elle soulève.)