‹ ThéâtreChapitre 366 sur 449 · ACTE III, SCEiNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCEiNE VII

du contrat, que je vous fisse un aveu qu'il lui coûtait de vous faire lui-même.

TOUS

Un aveu !

DONATIEN

Ah! rassurez-vous! cette hésitation ce scrupule attestent encore la délicatesse des sentiments de Théobald, il n'a pas voulu que monsieur de Lavieuville sût ce que je vais lui apprendre avant qu'il eût donné son consentement au mariage ; enfin, il n'a pas cru devoir lui déclarer lui-même qu'il ne se nommait pas seulement de Lestrelles.

MARTHE

Oh ! mon Dieu I

Pourquoi tant de mystère?... pourquoi cachait-il son nom?

DONATIEN

Ce nom est honorable et pur ; mieux que personne vous le savez, vous, monsieur le comte, ce nom devait même vous rendre cette alliance plus précieuse.

MARIE

Mais ce nom, dites-le donc, docteur.

marthe, à part.

Pourquoi donc tremblai-je ainsi ?

DONATIEN

Monsieur Théobald n'est que le neveu du vicomte de Lestrelles, qui lui a imposé en l'adoptant le devoir de porter et son titre et son nom... mais Théobald est le fils du chevalier Charles de Lucenay.

MARTHE et DBLAVTEUVILLE.

De Lucenay I

MARIE

Mais il est très-joli ce nom-là !

marthe, à part.

C'était son père !

DE LAVIEl TLLE.

Lucenay! oh! oui, je me souviens... Lucenay... Oh! vous avez raison, docteur, c'est avec joie, avec bonheur que je donnerai Marie au fils de monsieur Lucenay; venez, j'ai hâte de l'embrasser. ,. Viens, Marie.

MARIE

Voyez donc comme ma sœur est pâle !

En effet.

DE LAVIEUVILLE

Ma fille !... ne viens-tu pas avec nous?

MARTHE

Avec vous?

DE LAVIEUVILLE

Sans doute, pour signer le contrat.

MARTHE

Le contrat de mariage de Marie et de Théobald de Lucenay, non, non... vous n'irez pas non plus, mon père... Ce mariage est impossible.

TOUS

Impossible!

DE LAVIEUVILLB.

Tu oublies, Marthe, que je l'ai résolu.

MARTHE

Cet odieux contrat fût-il signé... je le déchirerais. Je vous le répète, Marie ne peut pas être à ce jeune homme; docteur, emmenez -le, qu'il quitte ce château... à l'instant... et qu'il n'y rentre jamais.

MARIE

Chasser monsieur Théobald ; mais je l'aime, moi.

MARTHE

Malheureuse enfant ! il faut renoncer à cet amour.

Et pourquoi donc? puisque mon père l'approuve.

DE LAVIEUVILLE

Sans doute, et le mariage aura lieu, je le veux l

Marthe, à de Lavieuvilie.

Vous le voulez. (Plus bas.) Voulez-vous donc jeter la sœur dans les bras du frère?

• DE LAVIEL'VILLE.

Que dis-tu?

MARTHE

^ Je dis que monsieur de Lucenay était un infâme; je dis qu'il s^st vengé comme un lâche , je dis que le misérable auteur de l'attentat du 30 mai, c'était lui... j'en ai la preuve!

DR LAVIEUVILLE, haut.

Ah! ta as raison, Marthe, ce . «st impossible!

MARIE

Eh quoi! vous aussi, mon père?

DONATIEN

Pardon, monsieur le comte... n'aurai-je aucune explication à donner à monsieur de Lestrelles?

MARTHE

A monsieur deLucenay, à lui, nous n'avons rien à dire... à vous, docteur, à vous que" nous estimons, nous vous demandons comme une grâce de ne pas insister pour connaître les raisons qui nous font agir.

marie, à part.

Oh! je les connais, moi... j'avais deviné juste... Oh I ma sœur! ma sœur !

MARTHE

Monsieur de Lavieuville va écrire à l'instant même à monsieur Théobald... qu'il doit renoncer à tout espoir. Ecrivez, mon père ! écrivez ! {Pendant ces mots Marie est allée au secrétaire et en a retiré le médaillon.)

DONATIEN

Monsieur le comte, vous devez avoir un motif bien grave pour en agir ainsi... Je ne devrais peut-être pas insister pour qu'il me fut révélé, mais Théobald voudra le connaître... Au nom de son amour, au nom de son honneur, il vous le demandera, et vous n'aurez pas le droit de garder le silence.

marie, à mi-voix, passant près de Donatien.

Le motif du refus de ma sœur... tenez, docteur, tenez, le voilà! (Elle lui montre le portrait.)

Donatien, avec surprise.

Ce portrait 1

marib.

Oui... ce portrait... qu'elle cache... ce portrait que j'ai surpris tantôt dans ses mains.

Donatien, h lui-même.

Oh l mon Dieu ! c'était elle 1 c'était elle !

MARTHE

Tenez, docteur, donnez cette lettre à monsieur Théobald !

MARIiS.

Marthe! cette lettre, c'est le malheur de ma vie, c'est ma mort, peut-être !

ïnapit . 3ur!

marie, éclatant.

Ah ! que Dieu vous pardonne, ma sœur! moi, je tous maudis î (Elle tombe sans connaissance.)

de lavieuville, courant à elle avec désespoir. Ah! Marie I mon enfant I... Marthe ! Marthe! tu as tué ta fille !

DONATIEN

Sa fille !

MARTRE

Ah! sauvez-la, docteur, sauvez-la! (Elle se jette sur le corps de Marie qu'elle soulève.)

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