ACTE IV, SCENE I
THÉOBALD
Je vous revois, Dieu soit loué!... Vous aurez pitié de mes tourments, de mon incertitude... dites... dites moi, Marie!...
DONATIEN
Puisque vous me voyez calme, c'est qu'il n'y a rien à craindre pour elle.
THÉOBALD
Je vous crois, mon ami... j'ai besoin de vous croire pour me remettre des tortures qui m'ont brisé.
DONATIEN
Pauvre Théobald î
THÉOBALD
Après cette rupture inouïe , incroyable, qu'on n'a pas même daigné m'expliquer, et que rien ne justifie, j'ai dû feindre de quitter ce château dont je ne pouvais pas m'éloigner sans vous avoir revu... Quelques mots échappés à des valets m'ont appris que vos soins étaient nécessaires à Marie... Alors, sans cesse près de céder à l'élan de mon cœur qui m'attirait vers elle, j'ai attendu... j'ai attendu toute la nuit... Le jour est venu... alors, mon inquiétude toujours croissante a triomphé de la prudence , jesuis entré ici pour connaître enfin mon sort.,, pour mourir si Marie est morte ou partir si elle est sauvée!
DONATIEN
Vous voulez partir, Théobald ?
THÉOBALD
Il le faut, docteur, il le faut, puisqu'on me chasse.
Donatien, à part.
Il a raison; si je me tais, il part, et Marie qui l'aime !... Marie en mourra!. . . Oh! je ne veux pas qu'elle meure! (Haut.) Théobald ! vous resterez !
THÉOBALD
Vous oubliez donc que je puis être condamné à la voir devenir la femme d'un autre?
DONATIEN
D'un autre?
THÉOBALD
Oui, du baron dé Saverny, que le hasard m'a fait rencontrer hier. . . au château de Franville. Ce baron de Saverny, ami de M. Georges, a reçu de lui, disait-il hautement, la promesse d'être l'époux de Marie. Je partirai, docteur. (A part.) Mais, moi vivant, Marie ne sera pas à Saverny.
DONATIEN
Vous resterez, vous dis-je?
THÉOBALD
Vous ne ponrrez rien, d'ailleurs, contre madame de Montbreuse, rien contre la haine que je lui inspire.
DONATIEN
Non. . . ce n'est pas de la haine, mon ami; c'est le résultat d'une fatale erreur.
THÉOBALD
Mais cette erreur qui la détruira ?
DONATIEN
Quelqu'un qui n'a qu'un mot à dire pour changer en joie votre désespoir... Mais c'est lui demander le plus cruel effort de courage; car ce mot ne peut sortir de ses lèvres qu'après avoir brisé son cœur.
THÉOBALD
Qu'est-ce donc?
DONATIEN
On vient ici ! Il ne faut pas qu'on nous y voie ensemble. . • Venez, Théobald, sortons ; mais espérez, entendez-vous, espérez. (Ils sortent.) #