ACTE V, SCENE IV
je lui dois le bonheur de savoir que cet amour qui est toute ma vie, n'offense ni Dieu, {bas) ni ma mère.
MARTHE
Oui, mon enfant, oui, tu peux être heureuse !
MARIE
Ah! ce bon docteur... comment jamais le payer de tant de bienfaits?... non, à moi seule je ne pourrais pas être assez reconnaissante... Marthe, tu m'aideras.
Donatien, à part.
Ah! j'ai ma récompense!
MARIE
C'est que tu ne sais pas, pour me reprendre à mon ravisseur, ce qu'il a fallu de force et de courage.
Donatien, à part.
Il n'a fallu que la volonté et le cœur d'un père.
marie.
Mais venez... venez donc, docteur... vous voyez bien que ma sœur veut vous remercier.
martee, contrainte.
Vous me l'avez rendue, monsieur... c'est bien.
DONATIEN
Je vous l'avais promis, madame.
MARIE
Comment? voila tout ce que tu crois devoir lui dire quand il vient pour moi de braver la mort. — Oui, la mort, car Georges l'avait dit : malheur à qui se trouvera sur ma route pour me faire obstacle... et le docteur s'y est trouvé I au risque de sa vie il s'était jeté à la tête des chevaux. Georges, aidé de ses gens, allait s'élancer sur lui, mais dans le voisinage on avait reconnu la voix de mon sauveur... De proche en proche l'alarme s'était répandue et de toutes parts les paysans accouraient au secours de celui que partout on nomme l'ami des pauvres, la providence des orphelins. — Ah! Marthe ! c'est la force du docteur qui me protégeait, mais sa force est dans ses bienfaits passés qui m'ont créé aujourd'hui des défenseurs.
MARTHE
Oui , le nombre des bonnes actions de M. Donatien est grand... Je sais toute la reconnaissance que les autres lui doivent.
MARIB.
Prouvons-lui la nôtre... Moi, je ne me croirai quitte envers lui que lorsque ta main aura pressé la sienne.
Âh ! c'e?t trop, Marie ! c'est trop!
MARIE
Non... vous méritez bien mieux que cela... Si l'on consultait M. Théobald, je suis certaine qu'il serait de mon avis.
DONATIEN
Théobald ! il souffre... il attend... et je me chargerais volontiers pour lui d'un heureux mcssuge.
M\RIE
Vraiment? Eh bien ! je vais lui écrire... Tu le permets?
MARTHE
Oui, à toi, Marie, de réparer le mal que je lui ai fait involontairement.
marie, bas.
Pendant ce temps-là, dis quelques bonnes paroles à M. Donatien... 11 va te croire ingrate, lui qui s'imagine n'avoir sauvé que ta sœur. . . S'il savait que c'est ta fille, que penserait-il de toi?
Marthe, à part.
Fn effet, pour qu'elle ne soupçonne pas, je dois avoir le courage de lui adresser la parole. {Haut.) Monsieur Donatien !
Donatien, timidement.
Madame.
MARTHE
Je vous dois un remerciement.
marie, à part.
A la bonne heure! (Elle écrit.)
Donatien, à mi-voix.
Je ne demande qu'un pardon.
MARTHE
Ma mémoire est fidèle, monsieur; ce que vous doit Marie ne s'en effacera jamais!
Donatien, de même.
J'ai donné dix-huit années de ma vie pn expiation du passé, je me disais : Elles me seront comptées peut-être ! Je me trompais, madame; L'expiation, c'est d'aujourd'hui qu'elle commence.
MARTHE
D'aujourd'hui?
DONATIEN
Oui, et celle que je vais éternellement subir pst la plus cruelle que i*ôti puisse infliger à un coupable tel que moi.