ACTE V, SCENE IV
MARTHE
Ah! vous voulez parler de votre exil?
DONATIEN
Non, madame, je n'ai pas le droit de m'exiler, car votre frère vous menace toujours et peut la perdre, elle. Il faut qu'il me trouve sans cesse entre vous deux et lui. Non — pour moi le courage n'est pas dans l'exil... il est au contraire dans ma persistance à rester près de vous, à contempler autour de moi dans toutes les familles, une félicité qui me rendra mon isolement plus affreux. — Ah ! s'épuiser à veiller jour et nuit sur son enfant, lui abandonner sa fortune pour l'enrichir, donner sa vie pour la sauver, on appelle cela des sacrifices, c'est du bonheur, madame. Mais se savoir près de sa fille... l'aimer avec délire et se résigne» à rester un inconnu pour elle, la voir passer devant soi et ne pas l'arrêter pour lui demander une caresse... Se condamner à ne jamais lui dire : Je suis ton père, voilà le malheur I voilà le sacrifice ! voilà l'expiation !
MARTHE
Ah! je vous crois!... vous êtes bien malheureux.
DONATIEN
Ce châtiment, je l'accepte, madame! puisse-t-il imjoi mériter votre pardon !
MARTHE
Si les prières d'une pauvre femme qui souffre et pleure en voyant vos remords peuvent monter jusqu'à Dieu, s'il faut ppur désarmer sa justice que votre victime elle-même demande z pour vous... je vous le promets... je vous le jure, vous serez pardonné.
marie , à part.
J'ai bien vu. . elle ne lui a pas même donné la main. \Hmt.) Monsieur Donatien, voici ma lettre, elle n'est pas fermée. [A Marthe.) Tu peux la lire.
MARTHE
C'est inutile... de toi, Marie, il ne peut venir que de pures inspirations, que d'innocentes pensées.
DONATIEN
Madame... ma... mademoiselle Marie... je vous quitte au revoir; oui, au revoir.
MARIE
Ah ! vous ne partirez pas ainsi !... Madame de Montbreuse ne vous a pas encore remercié !... Au fait! elle pense peut-être que
c'est à moi de tout acquitter. C'est juste!... je payerai pour deux en vous embrassant.
DONATIEN
Vous, Marie? (A part.) Un baiser d'elle!
MARIE
Vous me le rendrez le jour de mon mariage. doxatien, à part.
0 mon Dieu! elle disait bien... vous m'avez pardonné. (Marthe cédant à son émotion tombe sur un siège et essuie ses larmes.)