SCENE IX
JEAN (chez Marie), puis HENRI.
JEAN
Personne!... Diable!... je ne peux pas fumer ici... (Il remet sa pipe dans sa poche. Regardant vers l'escalier.) Quelqu'un!... Cestelle, non, c'est le moderne... (Henri frappe à la porte.) Entrez! henri, entrant, à Jean.
Mademoiselle Marie n'est pas chez elle?
JEAN
Non, monsieur; elle est sortie. Si vous voulez l'attendre, elle ne va pas tarder à rentrer; sinon, je me chargerai de lui dire tout ce que vous voudrez...
henri, s'asseyant.
Je l'attendrai... on est si bien dans cette petite chambre... on y respire je ne sais quel frais parfum de vertu qui calme les sens et retrempe ie cœur. C'est là seulement que je trouverais ce que je cherche : le repos dans l'ombre, l'estime dans l'amour, et la sûreté dans le bonheur.
jean, à part.
Allons! ça ne peut pas continuer comme ça, il faut que je lui parle! (Haut.) Vous êtes monsieur Henri Berville? Nous causions de vous ce matin avec mademoiselle Marie!
HENRI
Et vous êtes peut-être le père Jean, dont elle m'a parlé aussi?
JEAN
Ah ! elle vous a parlé de moi... chère enfant!
HENRI
Oui, souvent... et comme de son meilleur ami.
JEAN
Elle n'a pas menti, monsieur, je vous en réponds; et, tenez... c'est à cause deçà... que je prends la liberté... là... puisque nous sommes tous deux... de vous demander... ce que vous lui voulez.
HENRI
Et grâce à ce titre que je vous reconnais, père Jean, je vais vous répondre. J'ai vu Marie au bal, je l'ai aimée, je me suis battu pour elle, et je l'ai mortellement vengée... je ne peux plus vivre sans elle, et je vais rompre mon mariage...
JEAN
Pour Tépouser?
HENRI
Oh ! non... Je l'aime !.. je suis prêt d'ailleurs à tous les sacrifices... Je veux, père Jean, lui faire un sort... un sort digne, libre, heureux, pour le reste de ses jours.
JEAN
Voilà qui est clair!... vous voulez !... Le roi dit: Nous voulons... Reste à savoir ce que veut mademoiselle Marie.
HENRI
Bien entendu ; c'est précisément ça que je viens demander aujourd'hui, pour en tinir. Ce que je sais jusqu'ici, c'est qu'elle a refusé, rejeté toutes mes offres, et que depuis un mois que je lui fais la cour, père Jean, je ne suis pas plus avancé que le premier jour. Visites, présents, lettres, paroles, j'ai tout employé, et le tout pour rien!
Je la reconnais bien là...
HENRI
En voilà donc une qui ne veut pas se vendre, à moins qu'elle ne s'estime plus que je ne lui offre., cela s'est vu. jean, avec colère.
Ah! monsieur, vous vou? trompez... et, tenez, ne faites pas pis... Vous ne la voulez pas pour femme, vous l'avez dit... vous ne vous mariez pas, vous, quand vous aimez; vous n'en voulez donc faire qu'un passe-temps, une tille perdue comme les autre> ! Allons, jeune homme, un peu de probité!... vous avez des voitures, et nous n'avons pas de souliers; vous avez des hôtels, et nous n'avons pas de logements; vous pouvez nourrir dix femmes, et nous n'avons pas de pain tous les jours ! ... vous avez tout, enfin... et nous n'avons rien !... et vous avez encore besoin de ce qui nous re^le, de notre seul et unique bien, notre honneur ! Pas tant d'appétit, s'il vous plaît! on se mettrait en travers... 11 y en a assez d'autres qui ne demandent pas mieux que d'être à vous... Je sais bien que c'est celle que vous ne pouvez pas avoir que vous voulez... que vous la voulez, misère aidant, pour un jour, un mois, un an... et puis deviens ce que tu peux... Mais ça ne sera pas ; non, Marie ne peut être votre femme, elie ne sera pas votre maîtresse!... Je vous dis que je ne veux pas... qu'elle ne le veut pas!...