‹ ThéâtreChapitre 43 sur 449 · LES MÊMES, MARIE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MARIE

MARIE

Père Jean! j'ai l'argent, j'ai vendu l'anneau. (Apercevant Henri.) Ah ! monsieur Henri !

jean, à part.

Allons, je suis de trop... sortons... pour veiller au grain... il dira mieux tout ce qu'il à dans l'âme, et j'écouterai tout... en fumant ma pipe! (Â Henri en sortant.) Ce qui est dit est dit. (Il reste sur le palier et écoute.)

henri, s asseyant et prenant les mains de Marie.

Je vous attendais, Marie, car il faut que je vous parle sérieusement aujourd'hui et que vous me répondiez de même... le temps presse, un mot... le dernier! Je vous aime, Maiie, je vous l'ai déjà dit souvent, comme je n'ai jamais aimé personne, d'un amour qu'on n'éprouve qu'une fois en sa vie, qui change et fixe à jamais le sort d'un homme. Pour vous aimer, Marie, j'ai déjà sacrilié mes goûts, mes plaisirs, vous le savez, et je veux vous sacrifier jusqu'à mon mariage pour être aimé. marie, avec élonnement.

Ah!

HENRI

Je suis franc avec vous, vous devez l'être avec moi; vous m'avez rendu la vie, je vous la dois, je veux vivre pour vous, avec vous... Pourrais-je vivre sans vous? De votre réponse dépend donc ma destinée entière et l'avenir de tous deux. Oui, je romprai tout lien pour vous, Marie... Si Marie Didier ne peut être ma femme, du moins, je le jure, je n'en épouserai pas d'autre, et ma fortune, ma vie, mon cœur, lui appartiendront désormais... Voilà mes intentions! Quelles sont les vôtres? Parlez!

MARIE

Je ne poarrai jamais être à vous, monsieur Henri!

henri, se levant.

Ah! et pourquoi?... Est-ce donc de la haine que je vous inspire?

MARIE

Vous ne le pensez pas.

HENRI

En aimez-vous un autre plus heureux que moi?

Oh!

Pourquoi donc alors?

HENRI

MARIE

Je serai franche comme vous, monsieur Henri, restons-en là pour toujours, vous êtes trop au-dessus de moi... et je ne puis...

HENRI

N'achevez pas, je comprends... (Avec désespoir.) Allons, elle voudrait plus encore... comme ce vieillard... Oui, je me suis trompé avec elle en ne lui parlant que d'amour et de bonheur. Ce n'est pas assez sans doute de lui sacrifier le pas<é et l'avenir, de se dévouer tout entier, de renoncera toute autre ;iffeclion, à tout autre lieu pour elle. Elle a une prétention plus haute ; je comprends, je comprends enfin! tant de résistance n'est qu'intérêt et calcul... Tu refuses parce quj lu veux être ma femme!... marie, avec ëtonnement.

Moi!...

henri, avec exaltation.

Oui, peu t'importe le cœur, pourvu que tu aies la main!... le bonheur, pourvu que lu aies le rang! Ah! Marie, pauvre insensée, cette ambition satisfaite ne le vaudra ni plus d'estime ni plus d'amour!

marie, pleurant.

Ah! monsieur Henri, croyez-vous ce que vous dites?

* HENRI

Je le crois.

Vous le croyez!

Oui, oui.

marie, vivement.

henri, ému.

marie, avec explosion.

Vous le croyez!... Eh bien, je suis à vous, Henri... Et que Dieu me pardonne! ni votre nom, ni votre fortune, Henri, rien de vous que vous-même!... [Mouvement de Jean qui lâche sa pipe et redouble d'attention..)

HENRI

Que dites-vous, Marie?

MARIE

Je dis que je vous aime, que je vous aime pour vous, pour vous seul. Pardon, pardon, mon Dieu, de préférer son amour à mon honneur! [Elle tombe à genoux et se couvre la figure de ses mains.) henri, la relevant avec enthousiasme.

Ah! c'est là ta pensée, noble lille? Eh bien!... non, Marie, il n'en sera pas ainsi ; lu seras ma femme, ma femme légitime, entends-tu?... En me donnant tous les droits, lu m'imposes tous les devoirs. Je veux meure mon cœur à la hauteur du lien... Je t'aimais pour ta beauté, je t'honore pour ta vertu... Non, je n'aurai pas d'autre femme que toi..., ange adorable de désintéressement et d'honnêteté; je te rends l'honneur que tu me sacrifies... Moi aussi, je suis tout à loi, maintenant!... fortune de mon père, ce n'est pas assez, le nom même qu'a porté ma mère... tout, tout pour toi..., ô ma fiancée!... A toi donc ces robes de noces, ces voiles, ces parures, que tu faisais pour l'autre! Oui, à vous, madame, car désormais, je le jure, vous serez la femme d'Henri Berville.

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