‹ ThéâtreChapitre 435 sur 449 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

(À Arnould.)

Eh bien, mon cher garçon, as-tu, dans notre absence,

D'un coupable secret reçu la confidence?

Sur ce portrait enfin sais-tu la vérité?

Parle donc.

ARNOULD

Ah ! je crains votre sévérité.

A l'indulgence ici que votre cœur inciine.

RAYMOND

Plaît-il ?

ARNOULD

Depuis longtemps j'adore ma cousine.

Ce portrait précieux retraçait ses appas : Je le lui dérobai.

MARIANE

Non, ne le croyez pas :

Il le reçut de moi.

RAYMOND

Ma surprise est extrême.

Mon cousin m'aime, et moi, je le chéris de même. Est-ce donc mal ?

RAYMOND

Eh! mais, cela n'est pas très-bien.

RAYMOND

Enfin, pris ou reçu, car cela n'y fait rien, J'avais donc ce portrait si cher à ma tendresse, Et que je me plaisais à contempler sans cesse. Souvent en lui parlant je me trouvais heureux.

RAYMOND

Supprime, s'il te plaît, ces détails amoureux, Du récit que j'attends accessoire inutile.

ARNOULD

Une troupe d'acteurs vint débuter à Lille :

Delarose en était le plus bel ornement;

On raffola de lui... c'est un acteur charmant.

Quel naturel! quel feu ! quel sang-froid ! quel comique !

mariane, à part.

Il se traite assez bien.

RAYMOND

Sois donc plus laconique.

ARNOULD

Enfin il me plut fort : d'une étroite amitié

Avec ce beau talent je fus bientôt lié.

On sait le sort errant des acteurs de province :

En partant pour le Maine, il voulut que j'y vinsse,

Du moins quand un congé m'offrirait le moyen

D'accomplir son souhait qui devenait le mien.

Je l'aime tellement... pour moi c'est comme un frère ;

C'est plus peut-être encore, et si le sort contraire

D'un trépas imprévu le frappait aujourd'hui,

J'en suis sûr, je mourrais en même temps que lui.

RAYMOND

Quel conte !

ARHOULD.

Non, je puis vous en répondre.

RAYMOND

Peste !

Pylade à ce point-là n'aima jamais Oreste.

ARNOULD

Aussitôt que je pus, je courus vers le Mans Lui porter mes bravos et mes embrassements. Sachant que je pouvais compter sur sa prudence, Il reçut de mon cœur l'entière confidence, Et ce portrait charmant, aimé, matin et soir, Je ne me lassais point de le lui faire voir. A force de montrer cette image chérie, Au moment de partir, je l'aurai, je parie, Oubliée, et chez lui laissée étourdiment. Voila la vérité pure.

maiiahb, à part.

Dieu ! comme il ment !

RAYMOND

Ainsi de ce monsieur je te vois idolâtre. Mauvaise connaissance! un homme de théâtre. Fi!

ARHOULD.

De son amitié je n'eus qu'à me louer.

RAYMOND

Et comment?

ARHOULD.

En province, il faut vous l'avouer, On trouve à s'égayer une peine infinie, Et pour charmer un peu cette munotunie

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