‹ ThéâtreChapitre 437 sur 449 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Que la savoir par cœur est une bagatelle : N'est-ce pas?

MARI ANE

Oui, je crois pouvoir me souvenir...

RAYMOND

Les vers en sont, d'ailleurs, aisés à retenir.

Pour une débutante ayez de l'indulgence.

RAYMOND *

Je t'en promets à force : allons, que l'on commence. [Il va s'asseoir.)

MARIANE

« Notre baron, pour moi plein de tendresse ,

* Assidûment courtise mes appas.

)) Moi je dois prendre un parti; cela presse :

» Faut-il céder, ou bien ne céder pas?

» Mais balancer offense la sagesse :

» De mon honneur le soin doit m'ètre cher.

» Si je cédais, hélas! de ma faiblesse

» J'aurais bientôt un repentir amer.

RAYMOND

Bien parlé. [A Arnould.) Ton grand-père a du moins sur la scène Fait entendre toujours une morale saine.

MARIANT

» J'ai beau l'aimer : un devoir inflexible » Dicte ses lois à mon cœur combattu.

» Pour un cœur tendre il est souvent pénible » D'être obligé d'avoir de la vertu.

RAYMOND

C'est un peu moins moral, j'en conviens; mais c'est franc. Elle parle selon son état et son rang.

MARIANE

» Ah ! s'il voulait épouser sa servante, » Qu'un tel honneur me comblerait de biens! « Hélas ! son nom dont toujours il se vante, » L'empêchera de former ces liens.

» Il oublîrait pour moi sa noble race; » Et me carrant au fond de son château, » Je deviendrais Baronne de la Crasse!

» Est-il un sort, est-il un nom plus beau !

* Paul, Raymond, Mariane.

RAYMOND

Avec ce jeu piquant, cet œil plein de malice, La petite ferait une charmante actrice.

■ARIANE

» Mais de trop boire il a pris l'habitude ;

» Cela dégrade un homme comme il faut.

» J'emploie en vain mes soins et mon étude

» A le guérir de ce petit défaut.

i 0 Dieu d'amour, entends mes vœux, de grâce!

» Par toi l'on vit bien des héros vaincus :

» Viens arracher la coupe de Bacchus

» Aux nobles mains du baron de la Crasse !

RAYMOND

Mon pauvre ami Molière, avec tout ton esprit, Dans un style pareil tu n'as jamais écrit.

MARIANE

i C'est lui.

» Corbleu ! v entrebleu ! sarpebleu !

» Il est, ma foi, trois choses qu'on renomme

» A juste titre, et qu'un bon gentilhomme

» Doit préférer, savoir : le vin, le jeu

» Et le beau sexe. Oui, nargue de la gloire!

» En ce monde le vin me rend heureux ,

» Spirituel, et surtout amoureux :

» J'aime beaucoup les femmes après boire.

)> Mais n'est-ce pas Suzette que je voi?

» Eh! te voilà, ma belle; embrasse-moi.

RAYMOND

Ce n'est vraiment pas mal : du mordant, de la verve. Mais voici, mon garçon, les défauts que j'observe. Ta tète, tout ton corps se laissent trop aller. Si le vin aux regards doit partout circuler, L'ivresse est orgueilleuse : aux autres, à soi-même Elle se dissimule avec un soin extrême. Comprends- tu?

ARROOLD.

Très-bien.

RAYMOND

Vois sortir d'un long repas.

Ce convive, en chemin faisant mille faux pas. Se reprochera-t-il son défaut d'équilibre 1 Àcceptç-t-il lin brast non. il veut marcher libre) b'ttj . par lui rejerô l

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