SCENE IX
Que la savoir par cœur est une bagatelle : N'est-ce pas?
MARI ANE
Oui, je crois pouvoir me souvenir...
RAYMOND
Les vers en sont, d'ailleurs, aisés à retenir.
Pour une débutante ayez de l'indulgence.
RAYMOND *
Je t'en promets à force : allons, que l'on commence. [Il va s'asseoir.)
MARIANE
« Notre baron, pour moi plein de tendresse ,
* Assidûment courtise mes appas.
)) Moi je dois prendre un parti; cela presse :
» Faut-il céder, ou bien ne céder pas?
» Mais balancer offense la sagesse :
» De mon honneur le soin doit m'ètre cher.
» Si je cédais, hélas! de ma faiblesse
» J'aurais bientôt un repentir amer.
RAYMOND
Bien parlé. [A Arnould.) Ton grand-père a du moins sur la scène Fait entendre toujours une morale saine.
MARIANT
» J'ai beau l'aimer : un devoir inflexible » Dicte ses lois à mon cœur combattu.
» Pour un cœur tendre il est souvent pénible » D'être obligé d'avoir de la vertu.
RAYMOND
C'est un peu moins moral, j'en conviens; mais c'est franc. Elle parle selon son état et son rang.
MARIANE
» Ah ! s'il voulait épouser sa servante, » Qu'un tel honneur me comblerait de biens! « Hélas ! son nom dont toujours il se vante, » L'empêchera de former ces liens.
» Il oublîrait pour moi sa noble race; » Et me carrant au fond de son château, » Je deviendrais Baronne de la Crasse!
» Est-il un sort, est-il un nom plus beau !
* Paul, Raymond, Mariane.
RAYMOND
Avec ce jeu piquant, cet œil plein de malice, La petite ferait une charmante actrice.
■ARIANE
» Mais de trop boire il a pris l'habitude ;
» Cela dégrade un homme comme il faut.
» J'emploie en vain mes soins et mon étude
» A le guérir de ce petit défaut.
i 0 Dieu d'amour, entends mes vœux, de grâce!
» Par toi l'on vit bien des héros vaincus :
» Viens arracher la coupe de Bacchus
» Aux nobles mains du baron de la Crasse !
RAYMOND
Mon pauvre ami Molière, avec tout ton esprit, Dans un style pareil tu n'as jamais écrit.
MARIANE
i C'est lui.
» Corbleu ! v entrebleu ! sarpebleu !
» Il est, ma foi, trois choses qu'on renomme
» A juste titre, et qu'un bon gentilhomme
» Doit préférer, savoir : le vin, le jeu
» Et le beau sexe. Oui, nargue de la gloire!
» En ce monde le vin me rend heureux ,
» Spirituel, et surtout amoureux :
» J'aime beaucoup les femmes après boire.
)> Mais n'est-ce pas Suzette que je voi?
» Eh! te voilà, ma belle; embrasse-moi.
RAYMOND
Ce n'est vraiment pas mal : du mordant, de la verve. Mais voici, mon garçon, les défauts que j'observe. Ta tète, tout ton corps se laissent trop aller. Si le vin aux regards doit partout circuler, L'ivresse est orgueilleuse : aux autres, à soi-même Elle se dissimule avec un soin extrême. Comprends- tu?
ARROOLD.
Très-bien.
RAYMOND
Vois sortir d'un long repas.
Ce convive, en chemin faisant mille faux pas. Se reprochera-t-il son défaut d'équilibre 1 Àcceptç-t-il lin brast non. il veut marcher libre) b'ttj . par lui rejerô l