SCÈNE II
MADAME POTARD, LA SERVANTE, puis JEAN.
la servante, entrant.
Madame, quelqu'un vous demande.
MADAME POTARD
Faites entrer... (La servante introduit Jean, triste, inquiet.)
JEAN
Madame Potard, sage-femme?
C'est moi, monsieur.
JEAN
Ah! J'aurais à vous causer en particulier. (Madame Potard fait signe à la servante de s'éloigner. La servante sort. Jean regarde et observe tout à part.)
MADAME POTARD
Nous sommes seuls maintenant. Qu'y a-t-il pour votre service?
jean, lentement.
Je ne viens pas vous demander un service, je viens vous en rendre un...
MADAME POTARD
A moi?
JEAN
A vous.
madame potard, à part, avec joie.
Ah! les billets peut-être?...
JEAN
N'avez-vous pas perdu quelque chose?
madame potard, avec abondance.
Oui, des billets de banque, dix mille francs. Vous les avez trouvés? Rendez-les moi, ils sont à moi!...
JEAN
Un instant.
Vous les avez trouvés, n'est-ce pas?
JEAN
Oui, madame.
MADAME POTARD
Ah! l'araignée! quel bonheur! Voyons?
jean, tirant les billets du portefeuille de Didier. Voyez!...
madame potard, vivement.
C'est bien cela... ils sont à moi, monsieur; donnez-les moi...
JEAN
Pas si vite !
madame potard, même jeu.
Ils sont à moi, je vous dis; je les ai bien gagnés... donnez, donnez donc!... Mais je comprends, vous voulez être sûr auparavant... Je lésai perdus la nuit, le 12 février, du boulevard Poissonnière au faubourg Saint-Antoine... comme dit l'affiche. Vous avez dû les trouver dans le iaubourg, n'est-ce pas?...
JEAN
Précisément.
madame potard, tendant la main.
Eh bien! alors... Ah! mais, c'est juste... décidément, la joie me fait perdre la tête... j'oubliais... il y a une récompense, une récompense honnête...
JEAN
Honnête... je l'espère bien...
madame potard, prenant de l'argent dans son secrétaire. Ah! mais dame! pour dix mille francs, vous comprenez qu'on ne peut pas donner gros d'argent comme pour un million.
JEAN
Aussi n'est-ce pas de l'argent que je veux...
madame potard, avec une joie mêlée d'étonnement. Ah! et que voulez-vous donc?... [Elleremet l'argent dans le tiroir.)
JEAN
Je veux savoir comment vous avez eu ces billets.
MADAME POTARD, étonnée.
Comment?
jean, Rasseyant.
Oui, madame Potard; vous m'avez dit comment vous les avez perdus, je veux savoir main tenant comment vous les avezgagnés...
MADAME POTARD
Mais, monsieur...
JEAN
Il n'y apas de monsieur, ni de madame, je ne vous les rendrai que si vous me le dites... Voyez, c'est à prendre ou à laisser. madame potard, revenue du premier choc, s'asseyant.
Mais, monsieur, je les ai gagnés par mon travail... c'est le fruit de mes économies.
JEAN
A d'autres ! vous avez perdu ces billets, la nuit, faubourg Saint-Antoine, n'est-ce pas?...
Sans doute.
JEAN
Sur les quatre heures du matin?...
MADAME POTARD
Après?...
JEAN
Que faisiez-vous, la nuit, à pareille heure, avec dix mille francs dans votre poche, faubourg Saint-Antoine? Ça n'est pas naturel...
madame potard, hésitant.
Rien de plus vrai, pourtant, je vous jure... Je revenais... de chez mon notaire.
JEAN
A cette heure-là ! les boutiques de notaires sont fermées; une sage-femme ne court pas les rues à quatre heures du malin avec des billets de banque plein ses poches... sans motif; il y a de la gabegie, là-dessous... Allons, je veux tout savoir... ou adieu les billets!
madame potard, se levant et se fâchant.
Ah çà, mais, vous êtes encore drôle, vous!... Je vous trouve étonnant ! Ces billets sont à moi : ça ne vous regarde pas... et je saurai bien vous forcer à me les rendre.
JEAN
Et moi je saurai bien vous forcer à parler.
MADAME POTARD
Oui... Eh bien! nous verrons! Je vais aller me plaindre à la police.