ACTE III, SCÈNE II
MADAME PO TARD
C'est un fier secret, vois-iu ! Ah ça ! nous sommes bien associés?...
JEAN
Mais oui, je le jure!
MADAME POTARD
Écoute donc : il y a un muis, au carnaval, la nuit du mardi gras, le 12 février dernier, je devais perdre un enfant nouveauné moyennant ces dix billeis de mille francs... Il faut bien vivre. Quand j'ai eu les billets, le cœur m'a manqué... j'ai voulu sauver l'enfant... Au tour, je suis suspecte... je portai l'enfant chez une ouvrière que je savais bonne tille, et capable de s'en charger... Je voulais, parole d'honneur, donner quelque chose à celte fille pour sa peine... j'aimais mieux partager que de m'exposer... Mais il n'y a qu'heur et malheur! je ne trouvai pas l'ouvrière et je perdis les billets. Je fus bien forcée alors de laisser l'enlant à la garde de Dieu !
jean, lui prenant la main»
Bon cœur ! va !
MADAME POTARD
Trop bon, car c'est en voulant sauver l'enfant que j'ai égaré les billets, et l'on dit qu'un bienfait n'est jamais perdu!...
JEAN
Vous voyez bien que non !... mais ce n'est pas tout, le nom des masques de cette nuit de mardi gras?.*.
madame potard, avec confidence.
Mademoiselle Claire Hoffmann, iille de M. le baron Hoffmann, est l'accouchée, et Marie Didier est l'ouvrière.
JEAN
Voilà ce qui s'appelle parler... mais le reste?...
MADAME POTARD
Quel reste?
JEAN
La fin de l'histoire.
madame potard, hésitant.
Quelle fin ?
JEAN
L'enfant que vous avez sauve, il y a un mois, a été tué aujourd'hui...
Chut!...
JEAN
Allons, vous en avez fait un ange!
MADAME POTARD
Plus bas, malheureux!...
JEAN
Et maintenant, la preuve de loui cela?
MADAME POTARD
La preuve?*..
JEAN
Oui, la preuve... je ne puis rien faire sans preuve.
MADAME POTARD
C'est juste.
JEAN
11 m'en faut une, et une bonne, pour agir.
MADAME POTARD
C'est très-juste. [Prenant une lettre dans le secrétaire.) Voilà!
jean, toujours assis, lisant :
« i 2 février.
« Madame, je ne sais quelles conventions on a pu faire avec « vous, touchant le dépôt qui vous a été confié... mais si, par « malheur, vous aviez quelque intérêt à le perdre, vous en avez « encore plus , je vous jure, à le conserver! Veuillez donc, je « vous prie, le garder avec un soin religieux, maternel, jusqu'à « ce qu'on le réclame; vous en serez recompensée. C. H.» [Lui montrant les initiales.)
MADAME POTARD
Claire Hoffmann.
JEAN
C'est lafilledu baron?... (Répétant les noms.) Claire Hoffmann.
MADAME POTARD
Hein! quelle musique!...
jean, lui donnant les billets.
C'est bien, voilà vos billets, comptez! (// met la lettre dans le portefeuille, puis le portefeuille dans sa poche, et se lève.) madame potard, ayant compté les billets. — Avec regret. Huit ! {Retenant vivement Jean par le pan de l'habit.) Mais cette lettre vaut mille fois plus... et pour huit mille francs seulement, ce serait donné... donné pour rien, n'est-ce pas?
JEAN
Pour rien du tout, au prix de ce que j'en aurai. [Il remonte vers le fond.)
madame potard, le retenant.
Ah ça!... c'est bien convenu, n'est-ce pas?... moitié... moitié partout...
jean, lui prenant les mains.
C'est dit; soyez tranquille, je vous garde votre part dans l'affaire.
MADAME POTARD
Et à bientôt, car il faut que je parte...
A bientôt! madame Potard, à bientôt! (Il sort.)
madame potard, seule, recomptant les billets.
Quand même l'affaire ne réussirait pas... huit et dixfont dixhuit... à cinq pour cent, neuf Cents livres de rentes!... Avec ça on peut vivre... Je vends mon fonds par-dessus le marché, et je