‹ ThéâtreChapitre 98 sur 449 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

CROUSTILLAC, JULIEN, puis GRIFFON.

juliex, sur le seuil de l'auberge.

Ahl le beau temps est tout à fait revenu-

croustillac, rentrant par le fond.

Est-ce que le père Griffon serait déjà parti? je ne l'ai vu nulle part.

julien, allant à lui.

Eh bien? mon généreux maître, et la Jonquille?

croustillac.

Que ? la Jonquille ? quelle Jonquille ? (Griffon rentrefreconnaît Croustillac, s'arrête et écoute.)

Votre laquais, qui devait apporter vos bagages?...

le père griffon, à part.

Quelque nouvelle gasconnade?

croustillac.

Vous me voyez navré... Au moment où la Jonquille passait

sur la jetée avec mes malles, mes hardes, mes manteaux, ce malheureux coup de vent s'y est engouffré...

JULIEN

Ah ! mon Dieu !

CR0UST1ALAC.

Et Jonquille... linge... habits... pierreries... tout a péri... tout!...

JULIEN"

Quel malheur !... mais vous avez...

CROUSTILLAC

Rien, pas une obole : mais ne craignez rien pour cette dette... avant un mois je serai six fois millionaire, et alors... griffon, s' avançant.

Permettez-moi, mon cher chevalier, d'agir sans façon et d'acquitter votre écot, a charge de revanche... [Il paye Julien.) croustillac, avec noblesse.

Monsieur Griffon, vous n'avez pas obligé un ingrat.

GRIFFON

J'en suis certain, chevalier. {A Julien.) Mon cheval est sellé.

JULIhN.

11 va l'être. (Il sort.)

Vous partez? mon digne père.

GRIFFON

Oui, je retourne au Macouba.

croustillac, à part.

Le Macouba, le chemin du Morne au Diable ! [Haut.) Monsieur Griffon, je regarde comme un devoir sacré de remercier les gens à qui je dois.

GRIFFON

Permettez, chevalier, je voudrais arriver avant la nuit. [Il va vers l'auberge et dit.) Dépêchons... dépêchons...

croustillac.

Soyez tranquille, mon digne monsieur Griffon, ma reconnaissance a les jambes longues et je trotte comme un cerf.

GRIFFON

Hein?,., plaît-il?... je ne comprends pas.

croustillac.

Je vous accompagnerai, s'il vous plaît, chez vous...

GRIFFON

Non pas!... D'ailleurs, chevalier, je demeure à trois lieues d'ici.

CROUSTILLAC

Que? trois lieues ! Quand je servais en Hongrie dans les pétardiers nobles du roi de Bohème, j'avalais mes dix lieues par jour, et je dansais une courante en arrivant à l'étape.

GRIFFON'

Mais je n'ai pas de quoi vous recevoir.

CROUSTILLAC

.Mordioux! je ne toise pas mes amis a la spendeur de leur hospitalité... Non... non... une botte de paille fraîche, un morceau de pain et un verre d'eau... mais que je puisse au moins vt&s remercier tout à mon aise !

griffon, à pari, vivement.

Après tout, c'est faire acte de pitié... Le pauvre diable ne sait où passer la nuit.., demain, je m'en débarrasserai. (Haut.) Allons, soit, chevalier; venez me remercier chez moi.

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