‹ ThéâtreChapitre 24 sur 69 · LEM.\SS1ER · texte numérisé non relu

LEM.\SS1ER

Oui, très précis, et je les communiquerai à ton mari dès qu'il daignera s'en enquérir... Un court tête-àtête suffira.

JACQUES, énervé.

Merci, merci, je vous en tiens quitte.

LEMASSIER.

Parbleu! après nous avoir imposé cette personne douteuse, je comprends que vous préfériez d'autres sujets de conversation.

JACQUES, même jeu.

Je ne crains rien pour mes amis de ces racontars... Mais c'est votre attitude qui m'offense... Quelles que fussent vos convictions, vous deviez vous en ouvrir

amicalement à moi... Au lieu de cela vous avez débuté par la menace... Soit, partez et cessons tous ces commentaires.

LEMASSIER.

Convenu! Je m'en vais!... Seulement devant vous et devant ma fille je prends acte de cette énormité : que vous me laissez partjr pour garder chez vous, à votre foyer, sous le même toit que votre femme, une simple gourgandine, notoirement connue pour telle. JACQUES, violemment.

Monsieur Lemassierl

LEMASSIER.

Oh! votre ton tragique ne m'effraie pas. Oui, je dis bien, une gourgandine et même pire, car les filles avouent franchement leur métier de se faire entretenir, tandis que celle-ci s'en cache et joue chez nous à l'honnête femme.

JACQUES, éclatant.

C'est une vile imposture!

LEMASSIER.

Vous allez immédiatement retirer ces paroles.

JACQUES

Je ne retirerai rien du tout... Quand on veut être respecté, on commence par ne pas diffamer les autres. SIMONE.

Jacques, je t'en conjure... Vous vous êtes mal compris... Vous étiez énervés l'un et l'autre.

LEMASSIER, la saisissant par le bras.

Mais ne t'abaisse donc pas à supplier ce garnement. JACQUES, bondissant.

Vous osez?

SIMONE, le retenant.

TaiS'toi... (A Lemassier.) Père, va-t'en je t'en prie, tu n'es plus maître de tes paroles.

JACQUES

Non, non, débat pour débat, finissons-en tout de suite. Je vous écoute.

LEMASSIER, se^ contenant.

Je parlerai à mon heure. J'ai mes raisons pour cela.

Il marche vers la droite.

Simone, je te fais juge de ces odieux procédés... Après la menace, la diffamation; après la diffamation, la fuite!

SIMONE

Jacques, au nom du ciel!

J.\CQUES, poursuivant.

Allez toujours, ni par vos lâches attaques ni par vos lâches reculades, vous ne m'empêcherez de défendre une femme qui est mon hôte, mon amie... LEMASSIER, éclatant.

Et votre maîtresse, misérable !

SIMONE, se jetant entre eux et dans un grand cri. Ce n'est pas vrail

JACQUES, à Lemassier d'une voix tremblante. Qu'avez- vous à répondre, Monsieur?

LEMASSIER. lui tendant la lettre.

Ceci! Car si cette femme n'est pas votre maîtresse, elle n'en est pas moins une basse aventurière.

JACQUES, ouvrant la lettre et regardant la signature. C'est de Paul!... Ah! Ah! nous allons voir. (Il parcourt la première page.) Eh bien ! quoi >

LEMASSIER.

Continuez!

JACQUES, dont les traits s'altèrent graduellement pendant qu'il lit.

Oh! Oh! c'est trop fortl

SIMONE, avec angoisse.

Qu'y a-t il? JACQUES, rendant la lettre à Lemassier, et d'une voix résolue. Monsieur Lemassier, je vous fais, du moins en ce qui concerne madame Lajiano, mes plus humbles excuses... Demain, elle aura quitté cette maison.

Il sort d'un pas furieux par le fond.

Rideau.

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