‹ ThéâtreChapitre 29 sur 69 · SIMONE, JACQUES · texte numérisé non relu

SIMONE, JACQUES

SIMONE, relevant la tête et s'élançanl vers Jacques d'un élan aussitôt contenu.

Toil...

ro8 THÉÂTRE

JACQUES, souriant et ému. Eh bien, ma pauvre Simone, qu'est-ce qu'il y a donc?

SIMONE, se ressaisissant peu à peu.

C'est une discussion, une sottise. Ta tante qui me taquinait à propos de la scène d'hier soir... Et finalement, je me suis mise à pleurer comme une bête. JACQUES.

Et que te disait-elle de si désobligeant, ma cruelle tante?

SIMONE, cherchant ses mots.

Elle me disait... Elle me disait que... que j'avais eu tort, oui, c'est cela, que j'avais eu tort de prendre ainsi parti pour toi contre père... De réplique en réplique, la discussion s'est envenimée et alors... JACQUES, lui posant la main sur le bras. Alors, ne te fatigue pas... Oh! tu mens très bien, ma petite Simone... C'est très joliment fait... Mais c'est inutile désormais... J'ai tout entendu. SIMONE, avec effroi.

Qu'as-tu entendu?

JACQUES

Tout le récit de tes souffrances et de mes torts... J'étais à deux pas, sur la terrasse...

SIMONE, même jeu.

Qui t'avait placé là?

JACQUES

Personne... Je rentrais en hâte, pris de regrets, épouvanté à l'idée du drame qui, peut-être, se passait ici par ma faute. Et en quelques mots, j'ai tout su. SLMONE.

Tout?... Alors, tu as tout entendu? Ah! la malédiction est sur moi !

LE CALICE lOQ

JACQUES, d'une voix câline.

Mais- pourquoi, puisque je suis là près de toi, tout près, plus près de ton coeur que jamais je n'ai été... Tu ne me crois pas?... Oh! tu me croirais si tu savais par quelles transes j'ai passé, les minutes de cauchemar fou que je viens de vivre. A mesure que tu parlais, à mesure que j'entendais les aveux de ta pauvre voix brisée, c'était comme une confrontation atroce... interminable. Un moment, je me suis aperçu dans une vitre... J'étais livide... les traits à l'envers... jamais je ne me suis vu si laid...

SIMONE, sans l'entendre.

Tu sais tout!

JACQUES

Heureusement que je sais toutl

SIMONE

Heureusement!

JACQUES

Mais oui... A ta première plainte, tu vois que je reviens. Si tu avais parlé plus tôt, qui sais si je ne te serais pas revenu de même... Et puis, ne suis-je pas à tes genoux, tout repentant et attendri?... Réponds, Simone... Je ne plaide pas... Je ne mens pas... Je constate des faits... Tu refuses de répondre? SIMONE, comme se réveillant.

Non, Jacques, tu ne mens pas... Mais tout cela n'est rien... Il faut nous séparer.

JACQUES

C'est sérieux ce que tu dis là?

SIMONE

Très sérieux!... Un méchant hasard vient de renverser mon œuvre... Tu as entendu tout mon secret... 11 faut nous quitter...

JACQUES

Et ce sont là toutes tes raisons?

Mais oui... Oh! je t'en prie, ne les discute pas, ne m'empêche pas de défendre le dernier lambeau de ma dignité de femme... Mon amour a déjà roulé assez bas... Il est temps que je l'arrête... Je ne peux plus être à toi... Ne medemande pas ce suprême sacrifice... Il est impossible... Il est au-dessus de mes forces. JACQUES, tendrement.

Mais certainement si, que je te le demanderai.

SIMONE

Et si je te le refuse ?

JACQUES

J'insisterai, très gentiment, comme c'est mon droit.

SIMONE

Et si je me sauve?

JACQUES

Je te rejoindrai par l'express suivant.

SIMONE

Tu ne voudrais pas, je suppose, employer la violence pour me reprendre?

JACQUES, l'attirant dans ses bras.

En aurais- je besoin? Mais tu sais bien que non, ma petite Simone... Tu sais bien, même en ce moment où tu divagues, que tu es à moi, — et que tu seras à moi chaque fois que je voudrai, c'est-à-dire toujours. SIMONE.

Tu as raison, tu es le plus clairvoyant de nous deux. Tu connais mieux que personne tout ton pouvoir sur moi... Il faudra donc pour y échapper que je découvre un autre moyen que la fuite...

JACQUES

Hum! tu auras de la peine... Mais supposé même que tu le trouves, crois-tu qu'il te donnera le bonheur que tu cherches?

Je ne cherche pas le bonheur... Je n'en puis plus avoir...

JACQUES, la serrant contre lui doucement.

Tu oses dire cela maintenant dans mes bras, quand je te sens toute à moi, toute frémissante d'amour?... SIMONE, essayant de se dégager.

Laisse-moi, Jacques... si tu m'aimes; laisse-moi, je t'en supplie...

JACQUES, la retenant.

Mais, ma petite Simone, si je te prenais au sérieux, ce serait, excuse-moi, à te faire enfermer... Seulement, tu as la chance, l'incomparable chance d'avoir affaire à un homme de cerveau rassis, et qui, à défaut d'autres qualités, possède le sens du réel, le sens de la vie... Eh bieni cet homme- là qui t'aime, te ramènera bon gré mal gré dans la vérité, autrement dit dans le bonheur... Tu y reviens de toi-même, d'ailleurs... Vois-tu, il est des attitudes qu'on ne peut garder au delà d'un certain temps... La vie vous force à les quitter... Ainsi, tiens, dans l'Inde, il y a des fakirs qui vous restent dix ans avec les bras en l'air, comme cela... Eh bien! un beau jour, la fatigue les saisit et ils lâchent froidement leur posture... Tu étais comme eux, et comme eux tu baisses les bras... Mais ce n'est pas déshonorant, je t'assure... jll Tcmbrasse.) As-tu compris, mon petit fakir?

SIMONE

Oui, oui, j'ai très bien compris.

Elle marche vers la droite.

Où vas-tu?

SIMONE

Je vais prendre quelque chose, là... La tête me brûle affreusement.

JACQUES

Mais veux-tu bien ne pas bouger! (Allant prendre la pharmacie et l'apportant.) De l'éther, de l'antipyriner... SIMONE, désignant le chloroforme.

Non! j'ai trop mal!,.. De cela!

JACQUES

Du chloroforme?... Tu y tiens... Mais deux gouttes seulement... (Il les lui verse sur un mouchoir qu'il lui tend.) Te sens-tu mieux?

Il la prend dans ses bras.

SIMONE

Oui, je ne sais pas... merci...

JACQUES

Tu n'as plus tes vilaines idées?... Tu es heureuse? Il l'enlace plus étroitement et veut l'embrasser. SIMONE, implorante.

Oh! Jacques! non, non, laisse-moi... Crois-moi, ce n'est pas le passé qui nous sépare... C'est l'avenir, l'effroyable avenir!... Quoi que tu m'aies fait, je te le pardonne... Mais me vois-tu, ce soir, dans tes bras et sous ton regard qui sait tout de moi, toutes mes faiblesses, toutes mes lâchetés, toutes mes viles complaisances?... Non, non, c'est impossible... N'abuse pas d'être le plus fort, ne me fais pas tomber dans ces hontes!...

JACQUES, la serrant contre lui.

Méchante, méchante!... Je ne t'écoute même pas .. Je t'aime, je t'ai et je te garde!

Il l'embrasse ardemment sur les lèvres.

LE CALICE Il3

SIMONE, à mi-voix et défaillante.

Grand Dieu I

JACQUES

Et maintenant, ma petite Simone, c'en est fini de tout cela, n'est-ce pas? Il ne faut pas que tu restes ici... Nous allons rejoindre Solange et ton père à Viliers... Va t'habiller... Moi, je cours donner l'ordre qu'on attelle...

Il sort par le fond.

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