ACTE I , SCÈNE 111. i5i
VIRGINIE
Jamais, jamais ce cœm- n'en peut désirer d'autrei Et quand je vais jurer d'être toujours à vous , Le plus saint des sermens est eucor le plus doux. Mais, je vous l'avoùrai, mon ame est elonnee, En adorant l'cpoux à qui l'on m'a donnée, D'i2;norer aujourd'hui ces transports si charmans, Que tout prés d'être unis êproirs'ent les amans : Soit que d'un tel bonheur l'impression si chère Dans l'ame qu'il remplit s'enferme tout entière; Soii que, plus il est grand , moins elle ose en jouir , Et pense à tout moment le voir s'e'vanoun-. Veuille le ciel , témoin du nœud qui nous engage , INc pas tourner , hêlas ! mes craintes en présage . Mais toujours l'avenir se noircit devant moi ;
J'éprouve h chaque instant je ne sais quel cfiroi ,
mLc auprès d'un époux , cjans les bras de ma mcie ,
Et la félicité semble m'étre étrangère.
Peut-être en mon esprit les malheurs de état
Ont jeté ces terreurs que ma va.son combat.
Sans doute aussi l'absence et les dangers d un pcie
Mêlent h notre joie un chagrin qui l'altère.
Pourquoi Virginius n'en est-il pas temom .
Combien il vous chérit , seigneur! avec quel soin
De votre tribunat il me contait la gloire ;
L'orgueil patricien vous cédant la victoire ;
Et le peuple, vengé des abus oppresseurs,
Comptant Icilius parmi ses défenseurs .
Mon ame avidement écoutait ce langage ;
Et quand il vous louait je l'aiuiais davantage. Et maintenant ce père est éloigné de nous . ^
Il ne m'entendra point vous nommer mon epouTi. L'hymen offre h nos yeux ses pompes éclatantes : Loin de cet appareil, il veille sous des lentes , Exposé chaque jour aux périls les plus grands , Pour défendre des murs où régnent les tyrans .
ICILIUS
J'ai reçret comme vous qu'une ame paternelle S'arrache h des plaisirs toujours si doux pour elle. Mais ses ordres sacrés en hâtent le moment ^
»52 VIRGINIE
Notre amour obcit à son empresheruent .
« Je veux à mon retour (ecrit-il .'i PJaulie )
u Revoir Iciiius t'poux de Virginie. »
Aurais-je mérilé voire main , votre cœur ,
Si j'eusse mis obstacle h mon propre bonheur?
Jl allait s'accomiilir, h l'instant oii la guerre
Contre nos ennemis appela votre père.
Je vis par son départ notre hymen suspendu.
Il crut à nos désirs c-tre bientôt rendu ;
Que le Sabiu , 'qu joug vainement indocile ,
Wous préparait encore un triomphe facile.
Mais ce n'est plus le temps où ces grands dictateurs ,
Ces guerriers citoyens, ces héros laboureurs ,
Prompts à venger l'elat et pressant la victoire,
De vaincre et d'abdiquer briguaient la double gloire,
Revolaient du triomplie aux rustiques tiavaux ,
Et reprenaient le soc en quittant les faisceaux.
Des Romains aujourd'hui tel n'est plus le génie.
Lj'esclavage toujours produit l'ignominie j
El sous des chefs vaincus, sans doute nos soldats
Passeront dans leur camp la saison des combats.
TIRGISIE.
Et mon père .'...
ICILICS.
Sur lui ne prenez point d'alarmes.
liC Sabin , enivre' du succès de ses armes , A. cru que notre camp pouvait être force ; Alais par nos légions il s'est vu repousse'; Et le soldat aux chefs a fait assez connaître Qu'il eût eie vainqueur, s'il avait voulu l'être. Bannissez donc la crainte; et qu'en un tel moment, Tranquille sur un père et toute à votre amant , Aux transports que je sens votre ame abandonnée •S'ouvre aux plaisirs si doux qu'épure rhyniéni'e, jjcs seuls dont aujourd'hui je puisse encor jouir, Et qu'au moins des tyrans ne peuvent nous ravir. Mais j'aperçois Plautic.