ACTE II, SCENE III
APPIUS
Icilius oublie, en tenant ce Juns^nire ,
Qu'il oflense un pouvoir dont je sais faire usage ,
Et que c'est h raoi seul de régler à mon choix
L'instant de faire agir l'aulorile des lois.
Mais puisqu'il est armé du nom que je révère ,
Qu'il atteste les droits d'un citoyen , d'un père ,
Ces droits dont les Romains m'ont fait le protecteur j
Autant il a voulu déployer de hauteur.
Autant je veux, montrer d'égards et d'indulgence.
Oui , de Virginius j'attendrai la présence.
Quoique dès ce moment je sois assez instruit
Pour que de ces délais je n'espère aucun fruit ,
On connaîtra du moins l'équité qui me guide.
Le chemin n'est pas long jusques au mont Algide.
( // lui parle bas au fond du théâtre. ) Septime , écoutez-moi.. . Vous m'avez entendu : Volez , et qu'à nos chefs cet ordre soit rendu.
(Septime sort. ) Jusque-là , Virginie ici sera gardée.
VIRGINIE
Qui? moi! de tant d'horreurs en ces lieux obsédée. Parmi mes ennemis demeurer plus long-temps !
ICILIUS
Ce n'est donc point assez des affronts éclatans
Qu'a déjà trop soufferts la timide innocence ?
Vous roulez voir ses pleurs ! Quelle injuste puissance
Défend à Vnginie , en un jour si cruel ,
Ue cacher ses douleurs sous le toit paternel?
PLAUTIE.
Ah ! ma fille î jamais de mes bras enlevée...
]Von , d'im aspect si cher vous n'êtes point privée.
Mais 1q loi doît veiller aux intérêts de tous ^
Si j'en suspends l'eflet et l'adoucis pour vous ,
Je ne sonfliirai point qu'Icilins nie brave ,
Qu'il puisse à Claudius dérober son esclave
En un mot, je le veux ; et vous savez , je crois ,
i6'j VIRGIINIE.
Qu'elle est en ce palais sous la garde des lois.
ICILIUS
Sous la mienne du moins , sons celle de sa mère: Virginie est h moi : j'en réponds ài son père.
( A Plautie. ) Venez , venez , madame, et reprenez l'espoir ^ Fltchissez un moment sous l'appui du pouvoir. Bientôt Virginius vole h votre défense : Le crime , croyez-moi , doit craindre sa présence. Songez que votre fille est toujours sous vos yeux ;
( A ylppius. ) Ft vous , qu'Icilius veille sur tontes deux.