‹ Théâtre françaisChapitre 115 sur 184 · ACTE 11, SCÈNE JII. iGi · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE JII. iGi

F,st-il vrai! que deviens-je ? O destinée afTrease ! Ai-je donc mérite d'être si malheureuse ?

PLAUTIE.

L*e'tonnement , l'horreur et la rage à la fois Ont trouble ma raison, ont e'touHe' ma voix. Quoi ! l'on ose.. . Ah ! ma fille !

VIRGINIE

He'las ! la siiis-je encore?

PLAtJTIE.

Si lu l'es ! vainement des traîtres que j''iJ)liorre , Des monstres.. .

APPIUS

Votre amour vent en vain s'abuser j A de pareils témoins que peut-on opposer?

PLAtlTIE.

A l'audace du crime et de la calomnie Ce que j'oppose , ô ciel !. . . mon cœur et Virginie , Les cris du de'sespoir en mon ame éleve's , Et d'indignation tous mes sens soulevés ; Ses larmes , mes transports , et ce grand caractère Que la nature imprime aux douleurs d'une mère j Ce sentiment sublime, invincible, éternel. Qui n'a jamais menti dans un cœur maternel. Et que m'importe à moi qu'h force d'artifice , On ait pu cimenter tout ce vil édifice De' mensonge", de fraude et de perversité j Qu'à force de bassesse et de cupidité, Celle qui de son lait nourrit jadis ma fille Porte aujourd'hui Thorrcur au sein de ma famille ? Dans un complot infâme ils peuvent tous tremper ; Tous on peut les séduire, ils peuvent tous tromper. Mais moi ! mais moil jamais... je le sens , je suis mère : C'est ma fille, c'est elle.. . Ah ! d'une enfant si chère Dans mon sein déchiré je ressens les douleurs; Oui , c'est mon sang qui crie et répond à ses pleurs. Et Ton pourrait douter!... Qu'ils paraissent , qu'ils viennent, Ces monstres imposteurs! qu'à mes yeux ils soutiennent

i62 VIRGINIE.

Les mensonges qu'en vain Ton pense garantir ; Ou'ils bravent une mère et l'osent démentir.

APPICS.

Madame, j'y consens : votre demande est juste. C'est à ce tribunal, sous ce portique auguste , Qu'Appius , exerçant le plus beau de ses droits , Rend justice aux Romains gouvernes par ses lois j Et, dût leur équité vous devenir contraire , D'un devoir si sacré rien ne peut me distraire. Ciaudins comme vous a droit de m'en presser , Madame; il va paraître , et je vais prononcer.

ICILIUS

( A Plautie , à part. ) Prononcer ! non , seigneur. Vous vous perdez , madame; C'csl un complot formé, j'en reconnais la trame.

{A Appius. ) Laissez-moi lui pailer. Quoi donc! oubliez-vous Oiie son père est absent et qu'il combat pour nous ? Juserez-vous la Glle en l'absence du père ? Un intérêt si grand couuuaude qu'on diflère. Que serait donc , grands dieux ! un citoyen romain , Si , tandis que Tétat ailleurs arme sa main , On pouvait décider du son de sa famille , Déshonorer son sang et lui ravir sa lille ? Sous ces lois qu'Appins nous vante à tout moment , Serions-nous donc réduits à tant d'abaissement? Quoique sin- Virginie on ose ici prétendre , Qu'on appelle son père , il viendra la défendre. Il est au mont Algide ; et, du péril instruit, Il peut dans nos remparts entrer dès cette nuit. C'est lui qui de sa Glle est l'appui nécessaire , Lui qui de Claudius est le juste adversaire ; Lui qui peut le confondre , et percer d'un œil sûr Les noires profondeurs de ce complot obscur , Rassurer l'innocence et lui prêter dos armes : Et l'amour maternel, hélas! n'a ijuc des larmes. Je parle au nom d'un père, et jure qu'aujourd'hui Je ne soull'i irai point qu'on prononce sans lui.

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