‹ Théâtre françaisChapitre 125 sur 184 · ACTE 111, SCÈNE II. i-jS · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE II. i-jS

ICILIUS

Va , jamais dans une ame romaine Ue Tamoui- , de l'hymen , le plus tendre lieu Ne peut faire oublier les droits de citoyen. Tons ces nœuds reunis forment la même chaîne i Ils sont de mes devoirs la règle souveraine 5 Et je viens en leur nom dévoiler la noirceur D'un traître, de nos droits criminel oppresseur. Qui , s'armant contre nous des traits de l'imposturr , Outrage impune'mcnt l'hymen et la nature.

APPIUS

Un trop grand intérêt doit vons rendre suspect. Un amant emporte , qui , même à mon aspect , Veut résister aux lois , alors qu'on les reclame , Et contre Claudius.. . '

ICILICS.

Qui ? cet agent infâme, Du plus lâche complot le plus lâche instrument , Et trop indigne objet de mon ressentiment ? Non , ce n'est pas à lui que mon courroux s'adresse . Je l'aperçois à peine au sein de sa bassesse. Mais je distingue ailleurs dans un projet si noir Non moins de perfidie et bien plus de pouvoir. Je sais tout , j'e vois tout : la main qui nous accable. L'attentat que l'on ose est d'un plus grand coupable , D'un enuemi puissant qui veut cacher ses coups, Que je puis démasquer : un autre. . .

APPIL'S.

Et qui donc ?

ICILIUS

Vous ; Vons , qui conduisant seul cette trame impunie , Du plus honteux, amour briilez pour Virginie.

APPics, troublé.

Moi !

ICILICS.

Vous-même j et ce front , où se peint la terreur ,

174 VIRGI^'It.

Oii la confusion se mêle h la fureur,

Ce front qui vous accuse , et même ce silence

Commande par le trouble et par la conscience ,

Cous ces aveux muets ont trop manifesté

Le crime qui rougit devant la ve'rite'.

APPTDS.

J'ai dû rougir du moins de cet indigne outrage - De l'excès où s'emporte une insolente rage Qu'une prompte justice eût déjà su punir, Si je n'avais encof daigne me souvenir Que cet icilius , qui se rend si coupable, Fut long-temps revêtu d'un litre inviolable. Sans ce dernier égard, qui coûte h ma fierté', Il eût senti le poids de mon autorité'. Son audace l'irrite , et ma bonté l'enchaîne. Qu'il juge à cet eflbrt , maigre toute sa haine, Si l'absolu pouvoir déposé dans ma main .Sait encor révérer les droits du nom romain ; Et que , de ses transports domptant la violence. Il respecte dans moi les lois et leur puissance.

ICILIDS.

Vous attestez les lois , vous qui les profanez ! Qui malgré Rome entière aujourd'hui retenez TJn pouvoir dont ces lois ont borné la durée ! Une juste puissance à mes yeux est sacrée. La vûtre ne l'est plus, la vôtre a dû finir; Klle peut opprimer et ne saurait punir.

APPins. Jîllepent à l'instant assurer ma vengeance ; Je sais la rendre au moins terrible h qui m'offeust. Craignez-en les effets.

ICILIUS

J'ose en braver les coups.

Je suis Romain : ici je ne vois plus en vous Qu'Appius ravisseur, Appius sacrilège.

Complice détesté d'un fourbe qu'il protège.

APPIUS

C'en est trop , téméraire . et bientôt dans les fers. . -

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