‹ Théâtre françaisChapitre 134 sur 184 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ICILILS, PLAUTIE, VIRGINIE , femmes suivantes, MENÉS, et un moment après VIRGINIUS en habit de guerre.

MÉrrÈs.

Ils nous ont exauces : Virginius me suit.

PLAUTIE.

Mon ëpoux ! ah .' reviens , viens secourir ta fille :

VIRGINIUS

En quel utat, ô ciel! je revois ma famille ! Virginie!

VIRGINIE, retenant a elle par degrés. Elle aperçoit son père , pousse un cri et se jette dans ses bras. Ah!... mon père! est-il vrai? Juste ciel !

PLAUTIE.

Chère enfant , sors enfin de ce trouble mortel.

VIRGINIUS

Ma fille !

VIRGINIE

Rappelez ma raison confondue.

IVIon père , quel pouvoir à vos bras m'a rendue ? Qui m'a pu dérober à tant d'objets afireux ? Hèlas ! je crois sortir d'un songe douloureux.

ICILIUS

De ce palais impur mon bras t'a retire'e.

VIRGINIE

Icilius , c'est toi, toi qui m'as délivrée! Ne reverrai-je plus ces farouches licteurs , Ce.s ennemis pervers , ces monstres imposteurs , Ce traître Claudius, ce tribunal horrible , Cet Appius encore à mes yeux plus terrible?

VIRGINIUS

Tu Tois Virginius j tu vois ton père.

VIRGINIE

H«las !

,83 VIRGIME.

Oiie cet instant m'est doux ! serrez-moi dans vos bras ;

Pressez sur votre sein ce cœur tendre et 6dèle,

Sentez-le palpiter sous la main paternelle.

Et savcz-vous quels maux dans ce cœur désole'. ..

"VIRGIXIUS.

Menés m'a tout appris : j'ai couru , j'ai vole.

Je rentrais dans ces murs , tout plein de mon outrage,

Tout ce qui devant moi s'offre sur mon passage

Me frappe à chaque instant d'une nouvelle horreur.

La nuit qui m'environne augmente ma terreur.

L'n bruit tumultueux, les flambeaux et les armes.

Le desordre, les cris, le trouble et les alarmes ,

Me suivent dans ces lieux, au pied de ces autels,

Au sein de mes foyers, où les dieux immortels

Attendaient les sermens du plus saint hyme'née.

Hier, hier encor, j'ai cru cette journée

Celle de ton bonheur, de ma félicité ;

Et pour premier objet à mes yeux présenté

Je revois dans les pleurs une fille si chère ,

Et prèle à succomber dans les bras de sa mère!

Suis-je dans Rome, ô ciel ! t-t suis-je cccor Romain .'

Est-ce jà notre sort? Quoi! tandis que ma main

Contre nos ennemis combat pour la patiie.

De cet affront sanglant ma famille est fit trie!

Oui donc peut le sonfl'iir ?el quds cœurs assez bas

^ans indignation verraient ces altentaLs?

PLAUTIE.

En est-il qu'Appius aujourd'hui ne médite? La coupable Barcé , par ses présens séduite, A son indigne amour ce Claudius vendu...

VIRCINICS.

Ou'entends-je? .H chaque mot je reste confondu.

'l'u t'es trompé , tyran : la rage qui t'anime.

Avant de triompher, me prendra pour victime.

Tu ne sais pas encor quel est \ irgiuius ;

Et cènes les Romains me sont bien mal connus

Si l'on tolère en toi l'iiifame tyrannie ,

Oui jadis clans Tarquin ne fut pas impunie.

Oui, quoique dans ces murs nos bras soient désarmés,

Page 1