‹ Théâtre françaisChapitre 136 sur 184 · SUIVANTES · texte numérisé non relu

SUIVANTES

VIRGINIE

ProtÉgez-le, grands dieux!

Dieux ! vous avez voulu dans mon malheur extrême Entraîner à la fois tout ce que mon cœur aime. Ah ! le temps n'est pas loin oii j'eus cette douceur De voir tous ce que j'aime heureux de mon bonheur. Un jour a tout détruit; et dans cette demeure^ C'est pour moi qu'on frémit , c'est sur moi que l'on pleure ; Quel changement! le sort, à ma perte obstine, Pour en être témoin vous a-t-il ramené. Serait-ce donc en vain que j'ai revu mon père :*

PLACTIE.

Non , je ne pwis penser qu'Appius persévère Dans rhoriiblc projet qu'il croyait achever. Il voit nos citoyens , prompts à se soulever. De son autorité renverser la barrière : Voudra-t-il contre lui révolter Rome entière ?

( h f^irginius. ) Vous ne répondez rien, et muet de douleur..

VIRGISICS.

Ma douleur, qui se tait, est toute dans mon cœur. Ce cœur trop indigné souffre dans le silence; De ses propres transports il craint la violence. O braves compagnons , qui m'avez vu cent fois Prodiguer tout mon sang pour Rome et pour ses lois! Vous qui me chérissez , si dn moins à cette heure Vos yeux pouvaient percer dans ma triste demeure; S'ils voyaient les horreurs de cette affreuse nuit; Les victimes , ù ciel! qu'Appius y poursuit; Et tout ce que le crime y fait naître d'alarmes , Ce que la tyrannie y fait verser de larmes... Ils ne le savent pas : de mes revers honteux Le premier bruit à peine a retenti vers eux.

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