‹ Théâtre françaisChapitre 140 sur 184 · ACTE IV, SCENE Vr · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE Vr

iciLic;.

Est-il pour un tyran quelque droit respectable? Pensez-vons que ce cœiir farouche , impitoyable, Soit , même h votre aspect , de remords combattu ? Ah! l'injustice arme'e insulte à la vertu. Non , n'abandonnons pas ce lieu qui nous rassemble : Noire plus doux espoir e<t de périr ensemble. Voyons si jusqu'ici ses barbares soldats Oseront apporter le fer et le trépas , Profaner cet asile , et d'un bras sacrile'ge Violer ces autels dont l'aspect nous prote'ge.

PLAUTTE.

C'est notre seul recours, c'est le dernier, bêlas! Seigneur, ma fille et moi nous mourrons dans vos bras.

VIRGINIE

Je n'implore et n'attends que cette seule grâce.

(Elle tombe h genoux auprès de Vaiitel. ) Par cet autel sacre que devant vous j'cmbiaase , Par ces fe-tons, garants d'un sort moins inhumain , Que pour un autre usage assembla cette niain; Ces ornemens d'hymen , pour moi si pleins de charmes , Q.ie je ne croyais pas sitôt tremper de larmes; Ah ! ne m'arrachez pas h ces dieux protecteurs, Dont j'<)ppose l'image à mes perse'cuteurs. Irai-je an tiibunal où le tyran m'entraîne Souffrir mus les afïronts prë]iares par la haine. Par un barbare amour mille fois plus afTieux? Je ne sais quelle voix, dans ce cœur malheureux, D'un pre'sage sinistre effrayant ma pensée , Me dit que par vous-même à ma perte pousse'e... Si pour vous attendrir mes pleurs sont superflus . Si je sors de ces lieux , je ne les verrai plus. A cet asile saint contiez l'innocence ; El s'il ne peut lui-même a-isurer ma défense , J'embrasserai du moins dans mes derniers adieux Ma mèic cl mon époux , et mon père et mes dieux.

VIRGINIUS

Tu me perces le cœur : ali ! tille infoi uinee , Par quel transport aveugle es-tu donc entraînée ?

i88 VIRGIIN'IE.

Voirai-je fontlre ici les ravisseurs cruels,

Et disputer ma fille h ces bras paternels ?

Les verrai-je outrager ces autels et ta mère ?

Ali! si, me reservant cette épreuve dernière,

Le sort m'offrait ici cette scène d'horreur,

Ton père expirerait de honte et de fureur.

Ai-je revu ces murs pour fuir devant le crime,

Pour venir m'y cacher h la main qui m'opprime,

Pour n'oser soutenir les regards d'Appius?

Ce superbe tyran verra Virgiuius.

S'il poursuit contre nous son atroce injustice ,

Aux yeux de Rome entière il faut qu'il l'accomplisse;

Et je saurai du moins, avant que de mourir,

Ce que Rome aujourd'hui peut permettre et souffrir.

/ciLirs.

Et qu'en attendez -vous ? Qu'espèrez-vous dans Rome ? Son ge'nic abattu tremble devant un homme. La guerre, en ce moment, ne laisse en ses remparts Qu'im peuple de'sarraè, de femmes, de vieillards j Les glaives d'Appius la remplissent de crainte; Ses plus braves enfans sont hors de son enceinte; Ils sont au camp. . . Eh bien ! c'est là qu'il faut couiir; C'est leur bras protecteur qui peut seul nous couvrir. Remettons sous leur garde et la mère et la fille : Que de V'irginius la plaintive famille Se rassure au milieu de ces digues guerriers, Sous l'abri de leur glaive et sous leurs boucliers : D'un si noble dépôt leur vertu sera fière. Et qui d'eux , à l'aspect d'un si malheureux père , De l'innocence en pleurs qui vient les implorer , Et de vos cheveux blancs qu'on veut deshonorer , Ne ressentira pas ce courroux magnanime , Cette indignation qui fait pâlir le crime? J'entends <lc]h leurs cris pousses de toutes paris; Leurs cris retentiront jusque dans nos remparts. Et que sais-jc , grands dieux ! peut-être leur courage De notre liberté va commencer l'ouvrage. Ainsi Rotnc autrefois , dans des périls moins gramls , Du haut du mont sacre fît trembler ses tyrans. C'est à vous qu'on devra ce retour si prospère.

Page 1