ACTE I, SCÈNE I. 2o
Mad. DE FAUBLAS.
N'en croyez pas , monsieur, l'apparence infidèle.
La retraite , il est vrai, peut nous paraître belle;
Mais c'est pour un moment , c'est lorqu'on n'y vit pas.
Sous ces lambi is sacres quand nous portons nos pas ,
Tout sen.ble calme et doux, jusqu'h l'air qu'on respue ;
Des paisibles vertus nous ressentons l'empuc,
L'oubli des passions , des maux et des erreurs ;
Et l'attendrissement passe au fond de nos cœurs.
Mais percez plus avant (i), pénétrez ces cellules ;
Ces rc'duits içiaorés où des esprits crédules,
Desabuses trop tard et voues au malheur.
Maudissent de leurs jours la pénible lenteur :
C'est là que l'on gémit, que des larmes amères
Baignent pendant la nuit les couches solitanes ;
Que l'on demande au ciel , trop lent à s'attendrir,
Ou la force de vivre ou celle de mourir.
Peut-être que leurs maux par le temps s'adoucissent ,
Que dans des yeux éteints les pleurs enfin tarissent.
IJn morne accablement qui ressemble au trépas
Succède au désespoir, à ses bruyans éclats 5
Mais ce calme perfide est voisin de l'orage.
On en sort bien souvent par des accès de rage.
C'est le poison trompeur qui promet le sommeil ;
Et les couvidsions sont l'eflet du réveil.
M. DE FAUBLAS
Sans doute, en me traçant cette image effrayante ,
Vous voulez m'inspirer une fausse épouvante
D'un état doux et saint où je vois chaque jour
S'engager sans scrupule et la ville et la cour.
Ma conduite , je crois , n'a rien de condamnable.
Si cet état, d'ailleurs , était si redoutable ,
Pourquoi donc verrions-nous ceux qui l'ont embrasse
S'efforcer à l'envi dans leur zèle empressé
De ranger sons leur loi de nouveaux prosélites ?
Ils doivent d'un tel choix connaître bien les suites j
Et par quel intérêt peut-on imaginer
Qu'ils entraînent au piège, au lieu d'en détourner .
(i) Finde parietem. Ezech.
2o4 MÉLANIE.
Mad. DE EABBLAS.
Par uu sentiment vil, cruel, abominable,
Trop indique de l'homme , et pourtant véritable.
Il nVxibic que trop: Tcsclave c>l bans vertu,
Il di-trsie en autrui tout ce qu'il a perdu.
Il se fldtte en secret que sa chaîne accablante ,
Sur d'autre étendue, en sera moins pesante.
A force de soiiflVir souvent on s'endurcit ,
Et dans sa prison même on aspire au cre'dit.
\oilà ce qui produit ces ardens e'missaires
Dont le zèle aïïecte peuple les monastères.
Ils veulent comnianderà d'autres malheureux ,
Faire pirter le joug qu'on a forge' pour eux ,
Se venger de leurs maux : l'esprit de tyrannie
Kutre facilement dans ime arae flétrie ;
Kt le droit d'opprimer des captifs abattus
Est un plaisir encor pour qui n'en connaît plus.
M. DE FAUBLAS
Le parti le plus sage et le plus raisonnable
Toujours par quelque endroit peut paraître blâmable.
Les abus sont partout , je le sens , j'en conviens j
Mais pour un mal le'ger je produis un grand bien.
J'ccoute l'intérêt de toute une famille.
C'est à vous d'essuj'er les pleurs de votre fille.
Bientôt notre cure viendra l'entretenir.
S<-S leçons , ses avis , pourront la soutenir.
Ma confiance en lui n'est pourtant pas entière.
Sa morale, dit-ou, n'est pas assez sévère.
On m'en a dit du mal.
Mad. DE FAUBLAS.
On vous trompe , monsieur.
Je le crois digne en tout du saint nom de pasteur. On ne le vit jamais , alTectant le scrupide , Crier à l'iiêretique , au schisme , à l'incrédule , A signaler son nom vainement empresse , Et prompt à déployer im zèle intéresse. Il ne se borne pas à tonner dans les temples j Et , s'il combat l'erreur , c'est par de bons exemples. C'est des infortunes et le guide et l'appui.