ACTE I , SCENE I
Prépare à tous les deux celte sanglante injure ?
MARGUERITE
Oui : ce prince, entraîne' par cet amour fatal ,
Est de son bienfaiteur devenu le rival.
En vain Elisabeth , que cet hymen accable ,
Voudrait en rejeter la chaîne insupportable j
Un père ambitieux , insensible à ses pleurs ,
Va la sacrifier à l'attrait des grandeurs 5
Et sa fille aujourd'hui , victime couronnée ,
Attend en frémissant ce funeste hyme'née.
Voilà ce~qne j'ai su : des amis vigilans
Ont surpris ces secrets cache's aux courtisans.
Penses-tu que "Warwick, tout plein de sa tendresse,
Se laisse impune'ment enlever sa maîtresse ?
Se verra-t-il en butte aux mépris des deux cours ,
Sans venger à la fois sa gloire et ses amours?
Connais-tu de Warwick l'impétueuse audace ?
Ce guerrier si terrible, auteur de ma disgrâce,
Ce héros si v.inte' , dont les vaillantes mains
Ont fait en ces climats le sort des souverains.
Est orgueilleux , jaloux , fier autant qu'invincible 5
Son cœnr est généreux ; mais il est inflexible.
Il dédaigne le trône , il se croit au-dessus
De ces rois par son bras protégés ou vaincus.
Tu le verras bientôt, aigri d'un tel outrage.
S'élever avec moi contre son propre ouvrage j
Arracher mon époux h la captivité 5
Et, signalant pour moi son courage irrite",
M'aider à ranimer, après tant de désastres,
Les restes expirans du parti des Lancastres ;
Ecraser Edouard après l'avoir servi ,
Et me rendre à la fois tout ce qu'il m'a ravi.
Ou bien , si de Warwick la valeur fortunée
!Ne pouvait ri-en ici contre ma destinée ,
Je goûterai du moins ce plaisir consolant
De voir mes ennemis , l'un l'autre s'accablant.
Victimes d'une guerre à tous les deux funeste ,
Répandre sous mes yeux un sang que je déteste ;
Et, des maux qu'ils m'ont faits se disputant les fruits,
^VARWILK.
Peut-être tous les Jeux l'un par l'autre d«trui(:>.
nÉtil.
Vous allez , flans J'ardeur qui toujours vous de'vort tn de nouveaux périls vous engager encore: Vous allez tout braver pour servir un e'poux ludigne également et du irône et de vous.
MARGUERITE
He'las ! de son malheur ne lui fais point un crime. Je sais qu'il s'endormit sur le bord de l'abîme : Le sceptre qu'il portait a fatigue' son bras: Il me laisse à venger des maux qu'il ne sent pas.
* Se livrant à son sort en esclave timide,
* Incessamment plonge dans un calme stupide,
* Il paraît ne sentir dans sa triste langueur ,
* Ni le poids de ses fers, ni l'orgueil du vainqueur Eh bien ! c'est donc à moi de laver son injure.
De soutenir ce rang que sa faiblesse abjure,
Eh ! que dis-je .' mon fils, l'idole <le mon coeur ,
M'offre de mes travaux un prix assez flatteur.
Si ma main le replace au trrtne de son père ,
Un jour il connaîtra ce qu'il doit h sa mère.
De combien de périls j'ai su le garantir!
Ce jour, ce jour , hélas ! me fait encor fre'mir ,
Où d'im eruel vainqueur évitant la poursuite,
Seule , et dans les forets précipitant ma fuite .
Égarée , éperdue , et mon lils dans mes bras ,
De monicns en momens j'attendais le tre'pas.
Un biigand se présente , et son avide joie
Brille dans ses regards h l'aspect de sa proie j
il est prêt h frapper : je restai sans frayeur.
Un espoir imprévu vint ranimer mon cœur :
Sans guide , sans secours dans ce lieu solitaire,
Je crus, j'osai dans lui voir un dieu tutélaire.
Tiens, approche, lui dis-jc, en lui montrant mon lils
Qu'à peine soutenaient mes bras appesantis ;
Ose sauver ton prince, ose sauver sa mère. . .
J'étonnai . j'attendris ce mortel sanguinaire;
Mon intrépidité le rendit généreux.