ACTE II, SCÈNT,' Il
Reproche à Maicius le projet oïlip;-,^
D'opprimer le; Romains el (le Ji-crncr sur eux •
Sa haine pour le peuph', et l'amitié fidèle
Du sénat toujours piét à prendre sa querelle •
Et ses cliens nombreux, assidus sur ses pas •
Et jusqu'à sesbienfaito prodigues aux soldats.
Marcius , pour réponse, attestant ses services
De son sein découvert montre les cicatrices
tes couronnes , le prix de cent périls braves',
De tant de citoyens dans les combats sauves ;
Lui-même par leur nom les cite , les appelle.
Un cri s'élève alors : tous , pleins du même zèle ,
Tous , d'un même transport, réunissant leurs voix :
« Le voilà, criaient-ils , nous l'avons vu cent fois
« Qui prodiguait pour nous sa vie et sa vaillance •
« Et vous lui reprochez notre reconnaissance !
« Tout est à lui , nos jours , nos familles , nos biens •
« Et nous vous les oflVons, s'il faut sauver les siens. «
Ils pleuraient à ces mots, et leurs plaintes touchantes
Leurs bras qu'ils étendaient, et leurs mains suppliantes,
Tout semblait émouvoir le peuple combattu :
J'ai cru voir un moment triompher la vertu;
Et si de votre fils l'ame eût été moins Gère ,
S'il avait pu du moins descendre à la prière ,
Sur tous ses ennemis il l'aurait emporté.
Je ne puis cependant blâmer sa fermeté :
Rarement à prier un grand cœur se résigne •
Le coupable supplie, et l'innocent s'indigne.
Le vulgaire séduit , deses tribuns fauteur,
Orgueilleux de se voir juge d'un sénateur,
A vonla signaler ses tristes avantages;
La faiblesse et la haine ont dicté les suffrages.
Marcius immobile, écoutant son arrêt,
Paraissait insensible à son propre intérêt.
Sans proférer un mot il quitte l'assemblée;
L'i lorsqu'autour de lui l'amitié désolée
Gémit du coup affreux sur nous appesanti.
On dirait que lui seul ne l'a pas ressenti.
VÉTCRIE.
J- n ea ressens que trop l'atleiatc douloureuse.
,,^ CORiOLAN.
Eh ! quelle rucie, liclaî ' «e croyait i''iis}ieiireuse ? Par tout ce que mon cœur CH avaii attcndi; , Concevez, s'il se peut , tout ce ql'.* j'ai perdu. Tant tramour, de respect , un dcvoùiucnt si tendre ^ Cet cclat que sur moi lui scid pouvait répandre ; Et ce plaisir si pur , pour moi d\in si grand prix , D'enorgueillir mon cœur de ia gloire d'un Gis ; Tout ce que sa tendresse avait pour moi de charmes, Tout est évanoui!.. . Pardonnez à mes larmes. Je ne les cache point dans un si pi and malheur ; Des veux de l'amilicvous voyez ma douleur. De ce cœur maternel vous sentez la blessure; Eh ! qui peut condamner les pleurs de la nature?
TOLUMÎflUS.
Ah ! madame , avec vous Rome devrait pleurer. Jusqu'où sa haine aveugle a donc pu l'égarer ? (^uand le Volsqne du Tibre a couvert le rivage , Oubliant son danger pour écouter sa rage , Rome perd son soutien : elle-même aujourd'hui Se prive du héros qui faisait son appui.
VÉTCRIE.
O mon cher Marcius ! ô mou fils! ô grand homme, Qu'avec tant de plaisir j'avais forme pour Rome ! Je ne le verrai plus m'apporter ses lauriers j Ses couronnes orner nos temples , nos foyers ; Et dans ces jours si beaux, si chers à lapatiie, Les mères envier le sort de Vcturie !.. . Marcius vit encore, et je n'ai plus de fils!