‹ Théâtre françaisChapitre 79 sur 184 · ACTE III, SCÈNE m · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE m

Je suis persecLiti' par de vils ennemis; Je siiis abandonne' par de làcîies amis. Je t'oflVe contre Rome et ma main et ma liaine. A ton pays , h toi , ma vengeance m'enchaîne. Si tu le veux, ce bras, anx Volsques si fatal, Leur fera pins de bien qu'il ne leur fit de mal. Si tu crois Marcius aux Volsques inutile , Ne considère point les dienx ni cet asile. Frappe : j'ai trop vécu.

TTLLUS.

Dans ce grand changement, A peine revenu d'un long e'tonnemcnt.

Je me rends , avant tout, à Thonneur qui m'engage , Et de ta sûreté' te présente le gage.

Touche dans cette main, approche, et ne crains plii.s; Tes jours sont désormais confie's à Tullus. Je suis fier d'un dépôt si grand , si respectable. O brave Marcius! du malheur qui t'accable Que ion cœur près de moi ne soit plus occupe • Tu m'as cru généreux : tu ne t'es pas trompe. Conçois quelle surprise en mon ame a dû naître. Juge, sous cet habit, si j'ai pu reconnaître •tin guerrier que souvent, au mépris du danger, Dans l'Jiorreur des combats j'osais envisager. Je te rappelle ici ma défaite et ta gloire : Coriolan sur moi remporta la victoire.

Lui-même il m'en console et me venge aujourd'hui : Et , s'il fut mou vainqueur , je deviens son appui. C'est le jour do Tullus : c'est le seul avantage Que le sort me g.irdait sur un si grand courage , Le seul que désormais on ne peut me ravir : Je n'avais pu te vaincre, et pourrai te servir. Mais comment des Romains l'injuste violence A-t-elle h cet exil condamne ta vaillance? Quel dieu , propice au Volsque, a pu les aveugler ?

CORIOLArf.

Laissons l?i mes affronts : je souffre d'en parler. Puis-je, dans les transports où la fureur m'entraîne, Perdre en de vains récits un temps cher à ma haine,

).8 CORIOLAIV.

Gcmir cncor des maux qu'il nie faut supporter ? I\on , iJ faut les venger, et non les raconter. Qu'il te suffise enfin qno ce peuple, en sa rage, A pa3'e Maicius par Tcxil et rontras;e j Que les Romains m'ont tous proscrit , dcslionore ; Que mon cœur est contre eux sans retour ulcère 5 Que leur perte est le vœu conçu dans ma colère ; Que l'ennemi de Rome est mon ami , mon frère. Oai c'est ce titre seul, je ne le cèle pas . Qui d'abord datis ce camp guida vers toi mes pas. Des pcuplos à qui Rome a paru redoutable, Le Vnlsque est le plus fier et le plus implacable. Dans ses ressentimens plus qu'eux tous aflcrmi , 'J'iiilus est des Romains le plus grand ennemi. J'ai préfère' Tullus^ et s'il était un homme Qu'un plus ardent courroux animât contie Rome, Plus fait pour la combattre et pour la renverser, C'est à lui que ma haine eût voulu s'adresser.

TCLLUS.

Ah ! puisque, s'emportani à cet excès d'outrage, Rome a contre elle-même arme ce grand courage, Les dieux , qui trop long- temps ont servi son orgueil , De sou ambition marquent enfin l'ccueil. Qu'elle tremble! le sort ne nous est plus contraire. Marcius est pour nous : je sais ce qu'il peut faire. Le Voisquc , en ses desseins par toi seul confondu, Retrouve dans toi seul plus qu'il n'avait perdu. A mes concitoyens j'en vais porter la joie. Qu'ils sachent quel secours le destin leur envoie. Quoique leur général, et nomme' par leur choix , Du conseil assemblé je dois prendre les voix. Je dois en leur pouvoir moi-même te remettre; Mais compte sur l'appui que j'ose t'en promettre. Je vais h tous nos chefs , appelés en ces lieux , Montrer Coriolan comme un présent des cieux; Et tu les verras tous, d'un transport unanime, Faire éclater pour toi le zèle qui m'anime. Demeure , cl de mes soins attends l'heureux eflVi.

( // sort. )

ACTK 111 , SCÈINE IV. itg

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