‹ Théâtre françaisChapitre 89 sur 184 · ACTE IV, SCEINE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCEINE V

Elle oublie , à ce prix , sa faute et ses succès ; Et le plus beau retour va payer vos bienfaits.

CORIOLAN

Je rends grâce auxbonte's dont je vois qu'on m'hoiiorc.

Coriolan , sans doute , est trop heureux encore

De reprendre chez vous le rang de citoyen :

Rien ne doit égaler un si précieux bien ;

Et, si je me soumets aux devoirs qu'on nie trace ,

Le grand Sicinius veut bien me faire grâce.

Certes , quoiqu'en vos murs Marcius ait vécu ,

Tant de hauteur m'étonne alors qu'on est vaincu.

Mais puisqu'il ma justice on daigne s'en remettre,

Sachez donc à quel prix vous pouvez vous pçoraeltre

De fléchir le vainqueur et d'arrêter son bias.

Les Romains ont dn Volsque lïnvahi les ctats,

De ses champs usurpes accru leur territoire j

Vous abusiez ainsi du droit de la victoire.

Il ne demande rien que ce qu'il a perdu.

Je prétends , en son nom , que tout lui soit rendu ;

Que , pour mieux étouffer ces jalouses querelles -

Delà guerre entre vous semences éternelles ,

Parmi vos citoyens le Volsque soit compté 5

Que reunis ensemble avec égalité. . ,

TOLUMXIUS.

Juste ciel ! d'un Romain est-ce là le langage ?

Quel que soit en ces lieux le nœud qui vous engage ,

Tous nos droits près de vous seraient-ils donc perdus !

Le Romain et le Volsque ensemble confondus !

Et c'est Coriolan , grands dieux! qui le propose !

Cette loi SI honteuse, un Romain nous l'impn-.eî

Il est donc vrai qu'enfin ce cœur envenimé

Est par la haine seule h jamais animé ,

Que même en notre sang elle n''est pas éteinte!

J'ai Cl u que d'un af lout la douloureuse atteinte

Avait pour nn moment égaré ta valeur ,

Et d'un premier transport j'excusais la chaleur.

Je me suis applaudi de voir Rome , plus juste ,

Ouvrir encor les bras ,'i ce proscrit auguste ;

Et lorsque daijs son sein tout l'invite à rentrer ,

128 CORIOLA?}.

Au lieu de IVmbrasser il veut le déchirer!

CORIOLAN

Quoi! par la liberté devenu plus sauvage,

Contre ses défenseurs ce peuple arme sa rage ,

Et son féroce orgueil serait sacre pour moi !

Son caprice insolent serait encor ma loi !

Il faut , si j'en crorais un préjuge- frivole ,

Chérir sa tyrannie alors qu'elle m'immole !

Des nœuds qu'gn a rompus suis-je encore enchaîne!

Qu'au nom de citoyen l'homme obscur soit borné j

Que de ce vain honneur son anie soit nourrie:

Le grand homme partout rencontre une patrie.

Fait le sort d'un empire en lui prêtant son bras;

11 apporte la gloire, et ne la reçoit pas.

Les Romains sous leur joug se flattaient de m'abattre j

Ils osaient m'outrager: qu'ils viennent me combattre.

J'ai biave leurs tribuns , j'ai vaincu leurs soldats j

Et je sens qu'il est doux d'abaisser des ingrats.

VOLUMMUS.

Souvent on paya cher le plaisir des vengeances. Irrite' contre Rome , et plein de ses offenses , Vous n'envisagez pas un sinistre avenir ; IMais le Volsque lui-même un jour peut vous punir. Craignez, en vous livrant h ce honteux refuge , Les retours de l'envie et la fin d'un transfuge. Elle est toujours funeste ; et qui trahit les siens Craint et ses allies et ses concitoyens.

coriola:v.

Si je dois en tous lieux trouver l'ingratitude , Des mains de l'e-tranger le coup en est moins rude. J'aurai puni, du moins, ceux qui m'ont outrage- : Je mourrai, mais vainqueur j je mourrai, mais venge'. Je vais donner l'assaut j que Rome s'y prépare.

YOLCMMUS.

C'est I.'i votre réponse ! et cet arrêt barbare Je le poi le au sénat , h votre mèie , helas !

COPIOLAK.

Elle commit ce cœur , sans doute , et ne croit pas

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