‹ Théâtre françaisChapitre 9 sur 184 · WARWICK, MARGUERITE · texte numérisé non relu

WARWICK, MARGUERITE

WARWICK

Me trompe'-je ? La reine avance ici vers moi ! Quoi ! de son ennemi cherche-t-elle la vue ?

MARGUERITE

Mon approche en ces lieux est sans doute impre'vue. Vous êtes étonné qu'au seiu de mon malheur Je puisse sans fre'mir en aborder l'auteur : Mais un motif pressant auprès de vous m'amène. , Je vous vois revenu des rives de la Seine ^ Et sans doute vos soins achèvent le traité. M'apprendroz-vous au moins quel espoir m'est resté? Si l'on finit mes maux , si Louis s'intéresse A la captivité d'une triste princesse ? Aux intérêts nouveaux à vous seul confiés Mon fils et mon époux sont-ils sacrifiés ?

WARWICK

Vous saurez votre sort, il dépend de mon maître. Mais ce traité , madame , est incertain peut-être. Un jour, vous le savez, apporte quelquefois D'étranges changemens dans les projets des rois.

MARGUERITE

Edouard pourrait-il rejeter l'alliance Que lui-même par vous proposait h la France ? On dit que dans son cœur l'amour le plus ardent Prend depuis quelques jours un suprême ascendant. Pourriez- vous l'ignorer ?

WARWiCK , à part.

Que faiit-il que je pense ?

A-t-il fait de ses feux éclater l'imprudence?

MARGUERITE

On dit plus , et peut-être allez-vous en douter j

On (lit que cet gbjet , qu'il eût dû respecter,

Devait s'unir bientôt , par un nœud plus prospère ,

Au plus jjrand de.> guerriers qu'ait produit •l'Augleterre ;

A qui même Eilouard doit toute sa grandeur;

Qu'Edouard lâchement trahit son bienfaiteur ;

Que , pour prix de son lèle et d'une fi)i constante ,

11 lui ravit enfin sa femme et son amante.

Ce sont 1;) ses projets , ses vœux et son espoir ;

Et c'est Elisabeth qu'il e'pouse ce soir.

■WARWICK

Elisabeth! O ciel !.. . Non , je ne puis le croire. Le roi conserve cncor quelque soin de sa gloire. On n'est pas à ce point , lâche , perfide , ingrat; Il ne veut point se perdre , et lui-même , et Ti-tat. 11 sait ce que je puis ; il connaît mon courage : Edouard jusque-là n'a point pousse' l'outrage ; Il ne l'a pas ose.

MARCtriRITE.

Bientôt vous connaîtrez Si j'en crois sur ce point des bruits mal assure's; Bientôt.. .

Je puis du moins soupçonner votre haine. Vous voulez que vers vous la fin eiir me ramène ; Vous venez dans mon cœur enfoncer le poignard... Mais la confnsion, le trouble d'Edouard. . . De tant d'ingratitude , ô ciel ! est-ou capable ?

MARGUERITE

Pourquoi tronvcriez-vons ce récit incroyable ? Lorsque l'on a trahi son prince et ."ion devoir, Voilh , voi!.\ le prix qu'on en doit recevoir. Si \V;irwick eût suivi de plus justes maximes , JS'ii eût cherche' pour moi dcb exploits légitimes ,

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