SCÈNE II
EDOUARD, WARWICKi gardes, dans le fond.
WARWICK
Vos desseins sont remplis , vos vœux sont satisfaits ;
Sire , j'apporte ici l'alliance et la paix.
L'hymen y joint ses nœuds : une illustre princesse ,
Digne, par les vertus dont brille sa jeunesse ,
De fonder l'union de deux rois tels que vous,
Va traverser les mers pour chercher son époux.
Louis me l'a promis ; et votre ami fidèle ,
Warwick est trop heureux de vous prouver son zèle.
Par des soins vigilans , autant que par son bras ,
El dans la cour des rois , comme dans les combats.
Edouard.
Je sais ce que mon cœur doit de reconnaissance A ce zèle constant qui fonde ma puissance ; Mais , pour ne rien cacher de l'état oii je suis, Le sort ne permet pas que j'en goûte les fruits. Je serai, sans former cette chaîne étrangère, Allie de Louis, mais non pas son beau-frère.
WARWICK
Comment!... Daignez au moins m'expliqua" ce discours. De vos premiers desseins qui peut troubler le cours? Quoi! les oubliez-vous? Et la France offensée Verra-t-elle....
EDOUARD
En un mot, j'ai change' de pensce ; Je ne puis à ce point forcer mes sentimens.
WARWICK
Mais songez que Louis a reçu vos sermens.
Que j'ai reçu les siens; et que Warwick , peut-être.
jN'est pas un vain garant de la foi de son maître.
Edouard.
Si je romps cet hymen entre nous prépare' , J'en dois compte à Louis , et je le lui rendrai :
i6 WARWICK.
Mais de ces triste nœuds mon ame détournées Établit SCS projets sur un antre byme'née. 11 n'y faut plus songer.
WARWICK
Eli ! quels nœuds aujourd'hui Peuvent TOUS assurer un plus solide appui? Quel traite' plus-utile ?
ÉDOUAIîD.
Eh quoi ! la politique M'iniposera toujours un fardeau tyrannique j El des lois qu'elle dicte esclave ambitieux. Je serai toujours grand, sans jamais être heureux! Je dt-teste ces lois, et mon cœur les abjure.
WARWICK
Qu'entends-je ! Est-ce l'amour qui vous rendrait parjure ? Quoi! de vos ennemis à peine encor vainqueur, Le trône a-t-il dcjh corrompu votre cœur? Edouard, écoutant de frivoles tendresses, S'esl-il déjà permis de sentir des faiblesses? Et parmi les périls renaissans chaque jour, Avez-vous donc appris h céder à l'amour? Ce n'est pas h ces traits qu'on doit vous reconnaître. TJn moment h ce point n'a pu changer mon maître. ÎNon, je ne le crois pas ; et sans doute son cœur , A la voix d'un ami, va sentir son erreur. EDOUARD, à paît.
(Haut.) Ah! je suis déchire'. Non, Warwick, cette flamme (J'ose au moins m'en flatter) n'a point flétri mon ame; Et vous devez penser que ce cœur malheureux , Ce cœur faible une fois, est encor généreux,
* Non , monté sur un trône entouré de ruines,
* Et des feux mal éteints de guerres intestines,
* Je ne me livre point à ces égarcmens,
* Des princes amollis lûches amusemens.
D'un sentiment profond j'éprouve la puissance... Votre seule amitié me rend quelque espérance... W^arvvick... Ali ! si pour moi... Vous saurez mes desseins, Et vous-même aujourd'hui réglerez mes deslins.
( Il sort , ses gardes le surent. )