‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 26 sur 79 · SGÈXE XI ANNETTE, LUCINDE · texte numérisé non relu

SGÈXE XI ANNETTE, LUCINDE

ANNETTE

Mon Dieu! mon Dieu 1

LUCINDE

Voyons ! Calmez-vous donc un peu.

Il est sorti. Causons.

ANNETTE

Mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu !

LUCINDE

Quel chagrin! Séchez-moi cette dernière larme. Devant un insuccès si complet, je désarme.

ANNETTE, dans les pleUVS.

Quoi !

LUCINDE

Je suis bonne fille et pardonne.

ANNETTE

Comment? Me pardonner !

LUCINDE

Dame! oui! d'avoir pris mon amant.

ANNETTE

Votre amant... vous étiez... C'est pour moi qu'il vous quitte!

LUCINDE

Oh! mais rassurez-vous, j'ai trouvé mieux, Petite, Plus beau mais aussi riche et puis d'un sang plus bleu. Tâchez d'en faire autant.

ANNETTE

Mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu !

LUC1NDE.

Encor'! mais c'est un vrai torrent. Ah! quoi qu'on die, Il n'est point qu'à Paris qu'on sait la Comédie.

ANNETTE

La Comédie !

LUCINDE

Eh oui ! pleurer et devant moi !

Mais Boursoufle est prodigue et s'il vous quitte...

ANNETTE

Quoi!

Lui! me quitter! mais non! Il m'aime !

LUCINDE

Lui! Raisonne. T'aimer! un vaniteux n'aime jamais personne.

ANNETTE

C'est affreux !

LUCINDE

Mais quel âge avez-vous donc?

ANNETTE

Seize ans!

C'est affreux!

LUCINDE

Mais avec ces grands yeux séduisants, Ces traits charmants, ce nez piquant, cette frimousse, Mais la vie une fois libre vous sera douce ; Vous trouverez un autre amant.

ANNETTE

Ah ça jamais!

Un autre! Mais je l'aime !

LUCINDE

Allons donc, l'aimer!

Mais

Oui, je l'aime S

LUCINDE

Contez la chose à plus novice!

Si c'était vrai !... Ce serait presque du vice.

AN NETTE

Je ne vous comprends pas! Je l'aime, oh! oui, vraiment.

LUCINDE

Mais alors ce serait...

ANNETTE

C'est mon premier amant.

LUCINDE

Boursoufle !

ANNETTE

Non, Janel. Avant lui j'étais sage!

LUCINDE

Alors c'est vrai? Levez un peu ce frais visage, Vos mains tremblent, il est sincère cet émoi, Petite! Et moi qui te raillais! Pardonne-moi.

annette, sur l'épaule de Lucindc

Vous comprenez... là-bas, il parlait avec âme. Les garçons de chez nous sont si bêtes, madame ! Il savait tout. Il en remontrait a chacun. On l'écoutait. Il discourait. C'était quelqu'un! Puis il m'a dit des mots, des tendresses, des choses Sur les étoiles, sur les bombyx, sur les roses. Il me disait des vers, des chansons. 11 cherchait, Pour m'en faire présent, des fleurs. On se cachait, C'était délicieux... C'était nouveau... La flamme De ses yeux, son sourire... Enfin, un soir, madame, Un soir, dans le jardin, Janel, tout éperdu, M'ayant dit : Vous m'aimez?... Je n'ai pas répondu!

LE P;AON. 83

« M'ayant dit : Vous m'aimez? » Mais c'est Florianesque. Se laisser prendre aux gestes ialots d'un grotesque !

AN NETTE

N'en dites pas de mal!

LUCINDE

Pas de mal! Je voudrais.

Mais tout cela n'est rien ; mais non, mais rien, auprès De ce qu'il faut, ma pauvre enfant, que je te dise; Il n'aime pas Annette, et guère Cydalise. A l'auberge, s'il t'a cajolée et souri, S'il t'enleva c'était pour gagner un pari.

ANNETTE

Un pari ! quoi ! madame ! Un pari !

LUCINDE

Sa voiture L'attendait. Il partait.

ANNETTE

Il partait!

LUCINDE

L'aventure Ne devait pas avoir de lendemain. Jamais Tu n'eus revu Boursoufle. Enfant! Et tu l'aimais.

ANNETTE

Oh! c'est mal! Oh! je veux lui dire...

lucinde, la retenant.

Quoi ! des larmes!

Une scène! Ah! les beaux arguments! Les doux charmes, Qu'offriraient des regards noyés, un nez rougi. Mais le chagrin nous rend affreuses! songes-y ! Nous n'avons pas le droit de fondre en un déluge. Dans notre cause à nous, c'est le plaisir qui juge. Quand on sait être belle, on a toujours raison!

Ah! Boursoufle! on voulut me quitter moo garçon! Mais va! nous lui jouerons un tour de ma façon. D'ici peu tu seras à la mode, petite ! Et nous nous vengerons, tu verras.

ANNETTE

Oh!

LUCINDE

Chut! Vite, Va dans ta chambre. Je t'y rejoins. Le voici.

ANNETTE

M'aimera-t-il?

LUCINDE

Si tu m'obéis.

ANNETTE

Ah ! merci !

(Lucinde et Annette s'embrassent.

(Sort Annette.)

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