‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 37 sur 79 · I.UCINDE · texte numérisé non relu

I.UCINDE

Nous l'aimons!

ANNETTE

C'est trop fort!

Je te dis...

LUC1NDE.

Je te dis que tu l'aimes encor!

ANNETTE, s'asseyant, dans une colère boudeuse. Ah! laisse-moi tranquille!

lucinoe, dans la gaîtc.

Ça, dest admirable !

Quoi! L'on te débarbouille, on te rend présentable, On t'apprend la toilette et l'art de t'adorner ; Tu sais être coquette, aguichante, et tourner La tète à qui te plaît. L'œuvre se réalise. Tu sais même mentir... Quoi! Ton te civilise! Et malgré tous les gens d'esprit, les gens de cour, Qui t'ont complimentée et t'ont parlé d'amour, Sous les paniers on voit pointer une pantoufle, El, toujours paysanne, on aime son Boursoufle! {Elle rit.)

ANNETTE

Eh bien, oui! C'est ta faute.

LlUNDE.

Hein!

AMNETTE.

C'est ta faute !

LUCINDE

ANNETTE

Ohl Oui.

A force de vouloir me détacher de lui,

A force tous les jours d'en dire pis que pendre,

Tu m'as donné l'idée enfin de le défendre.

Oui, le défendre, car il n'a pas un ami.

Il obligea pourtant bien des gens. Mais, parmi

Les beaux seigneurs que son couvert hospitalise,

Il n'en est pas un qui ne le ridiculise.';

Va! le mal que tu viens de m'en dire aujourd'hui.

Loin de m'en éloigner, me rapproche de lui !

C'est cela, fâchons-nous, il te sied bien, ma chère! Mais si je dis du mal de lui, si j'exagère, C'est que le lendemain du jour qu'il te quitta Tu m'as dit : Venge-moi, Lucinde! En quel état Ce nigaud t'avait mise! Et je te vois encore Pleurant et te mouchant. Mais, petite pécore, J'ai fait pour te venger, pour me venger aussi, Je l'avoue, un miracle! Et ton amant Brécy... Pourquoi ris-tu?...

ANNETTE

C'est que Brécy... je... non...

LUCINDE

Achève.

ANNETTE

Eh bien! C'est qu'il n'est pas mon amant!

LUCINDE

Hein ! Je rêve !

ANNETTE

Non. C'est un figurant.

LUCINDE

Un figurant?

Mais oui.

LUCINDE

Un figurant. Pourquoi?

ANNETTE

Pour qu'il m'aime.

LUCINDE

Qui?

Lui!

annette, avec sentiment .

lucinde, riant.

Lui ! Tu vivrais cent ans dans ce Paris volage, Dans cent ans tu serais encor de ton village !

De mon village, soit. Je reste Anne Patu.

Paysanne, c'est vrai, car j'ai l'amour têtu!

Mais je veux qu'à son tour son cœur tremble et se serre,

C'est ma revanche à moi, je veux le voir sincère.

C'est paysan peut-être un tel attachement ?

Maisc'est très femme aussi... c'est de l'entêtement.

Quel phénomène !

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